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Mois : novembre 2016

La belle époque des cafés sur la Canebière

La belle époque des cafés sur la Canebière

Marseille : la belle époque des cafés sur la Canebière

  • Écrit par  , repris ici avec l’autorisation de l’auteure
  • La Marseillaise, dimanche 4 septembre 2016 10:14
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Grand café turc ©LaMarseillaise

 La grande bourgeoisie marseillaise se retrouve au café Riche, cours Saint Louis, pour parler affaires. L’établissement de luxe tire son nom tout simplement de son propriétaire. 

Décors somptueux, foule bruissante, au XIXe siècle, le café est à Marseille un lieu de vie incontournable. Retour sur une époque dont il ne reste quasiment plus de traces.

Café Turc, Royal, Maison dorée… Autant d’établissements incroyables et disparus. Restent des photos et des descriptions à faire saliver les fans d’un « moka » à nul autre pareil. D’abord, une fierté : celle d’avoir inventé le premier café du genre. Ramené en 1644 par un certain M. de La Roque au retour d’un voyage à Constantinople, le breuvage fait l’objet d’une dégustation entre amis. Très vite, d’autres négociants s’y mettent et, vers 1670, s’ouvre près de la Loge, une boutique ou maison du café tenue par l’Arménien Pascal, révèle Pierre Echinard dans son ouvrage Marseille au quotidien, chroniques du XIXe. Le principe est posé, le succès immédiat. Les réduits « sales et enfumés » font place à des établissements de luxe qui poussent comme des champignons sur la Cannebière, place Royale (de la Bourse) ou rue de la République.

Le long de la Cannebière et dans les rues voisines, à Noailles ou rue Beauvau, se concentraient nombre de cafés de renom aux terrasses bondées et spécialités diverses.

La suite de l’article de Mireille Roubaud:

 

La Canebière “jugée” par les Marseillais

La Canebière “jugée” par les Marseillais

Par Corinne Matias, 

article publié dans La Provence du 20/02/2016, repris avec l’autorisation de l’auteure

Mais où va La Canebière ?” c’est la question que l’on s’est posée la semaine dernière, en passant en revue les projets en cours (cinéma, hôtel…) et les fermetures de locaux programmées (Espace culture, Maison de la Région…) sur cette artère mythique ; beaucoup à Marseille s’interrogent sur l’avenir d’une avenue, certes emblématique, mais au faible pouvoir d’attraction. L’enthousiasme de Sabine Bernasconi, maire des 1er et 7e arrondissements, évoquant les futurs aménagements censés changer les choses est loin d’être contagieux.

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©PH. P. NOSETTO

Les commerçants, principaux résidents de l’artère, veulent encore y croire. LaProvence vous a demandé de réagir et d’apporter vos idées pour une Canebière “idéale”; et vous avez été nombreux à réagir, par courrier et sur laprovence.com. Des témoignages qui prouvent que même si les Marseillais s’en sont un peu détournés, n’y habitent plus vraiment, ils restent concernés par son devenir.

Réactions sans concessions 

Vos réactions sont souvent sévères et sans concessions : “La seule voie qui donne sur la mer, voilà pourquoi elle était belle. Mais ceux qui ont géré Marseille depuis les années 70 l’ont conduite directement à la flotte”. “Réhabilitez Marseille, la Canebière sera réhabilitée d’elle-même”, estime Gogo9413. Sur le net, Bernist rebondit sur les termes employés par le maire de secteur, “propreté”,”sécurité”, “réappropriation” et lui demande de “développer”. 

Pour Alexleroy”Il faut d’urgence élaborer un plan pour tout le centre-ville!”Marginalrevient sur le projet de brasserie, “c’est l’Arlésienne. Pour sauver la Canebière, il faut aussi s’occuper des artères adjacentes. Il faudrait sauver le bd d’Athènes et Belsunce. C’est un travail de longue haleine”.

Beaucoup ont insisté sur les bâtiments insalubres à rénover, les hôtels meublés, la pauvreté, la saleté et les bazars, “les bouibouis, kebabs et vendeurs à la sauvette”, résume un internaute. Mily6913 assène “La ville nefait aucun effort pour mettre de la qualité là où il n’y a que médiocrité. À Belsunce, les commerces sont sans attrait pour une clientèle un peu plus relevée, les équipements publics jamais entretenus et on met six mois pour reboucher un trou dans la chaussée”. La saleté et les commerces à rénover sont un fait. Mais les marchands de kébabs et autres snacks sont beaucoup moins nombreux qu’il y a quelques années.

Suite:  http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/3809480/la-canebiere-jugee-par-les-marseillais.html

Mardi 29 novembre 2016

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A vos agendas !

Marseille-Provence 2017, capitale européenne du sport

Jean-Claude GAUDIN, Maire de Marseille, Président de la métropole Aix-Marseille-Provence, Vice-président du Sénat et

Gian Francesco LUPATTELLI, Président European Capitals ans Cities of Sport Federation – ACES Europe

présenteront

La programmation de Marseille-Provence 2017, capitale européenne du sport

Lundi 12 décembre 2017 à 10h00 stade Orange Vélodrome

En présence des partenaires, des sportifs et porteurs de projet

Le 17 novembre 2014, Marseille était officiellement désignée Capitale européenne du

Sport pour l’année 2017. Depuis, le territoire métropolitain s’est mobilisé pour construire un programme ambitieux qui fera de Marseille Provence, le plus grand et le plus beau terrain de sports à ciel ouvert.

Saudade, par César Roman

Saudade, par César Roman


 Canebière

Immuablement, un jeudi par mois, ma mère me faisait enfiler mes habits du Dimanche. Nous grimpions dans l’autobus, aux quatre chemins des Aygalades. Le 30 traversait d’abord les terrils rouges de « l’aluminium » où travaillaient bon nombre de nos voisins des Castors. Ensuite il laissait sur sa droite les gigantesques volets roulants des entrepôts de Casino, pour enfiler la rue de Lyon, l’avenue Roger Salengro* et Camille Pelletan**. Terminus place Jules Guesde. L’hommage aux personnages socialistes se terminait par le plus ouvriériste, communard, révolutionnaire, internationaliste, comme pour fermer la porte d’Aix sur les quartiers Nord, et ouvrir sur les saints du Marseille immémorial. On commençait par du lourd en descendant à pied la rue Sainte Barbe,martyre abominablement torturée pour son refus d’abjurer sa foi, puis décapitée par son père !

La rue embaumait les parfums d’orient. Ma mère piémontaise y achetait les herbes pour son couscous.

Au pied de la rue il fallait traverser, ultime épreuve, le vent glacial du « Nord » (surnom donné à Colbert par madame de Sévigné) pour accéder enfin au bas de la Canebière. Marseille, en cette fin des années cinquante puis au tout début des sixties, n’avait pas encore connu la récession consécutive à la décolonisation, et les industries du plus grand port méditerranéen, huileries, savonneries, briquèteries, tuileries, étaient encore florissantes. La canebière forte de ses trente mètres de large brassait une population bigarrée, jeunes et vieux, pauvres et riches, jaunes, noirs, maghrébins, juifs, blancs. Les femmes, les derniers frimas de mars oubliés, se prenaient à éclore sous le soleil comme des fleurs multicolores. Robes et jupes évasées rockability, dans le sillage d’Audrey Hepburn, à poids polka, à fleurs, à raies, à carreaux, unies, la plupart sans manches, avec une grosse ceinture portée haut, semaient des tulipes en mal d’ouverture. Corsages assortis ou tranchés. Ma mère avait une prédilection pour les tissus marins, dont on croisait souvent les pompons rouges. Certains, rendus courageux par la troupe,  la sifflaient. Sans s’offusquer, elle poursuivait son chemin, et j’étais fier que sa beauté fût ainsi distinguée. Nous rentrions chez Baze, à cheval sur la canebière et le cours Saint Louis où elle s’autorisait quelques emplettes prévues dans son budget millimétré. Puis c’était la traditionnelle « montée » vers la librairie Gibert, au boulevard Dugommier*** à deux pas de la grande artère. J’y choisissais, pour couronner mes brillants résultats scolaires, un livre dont la couleur suivait mon évolution sous la toise ; collection rose puis verte, et enfin rouge et or. Au passage je m’interrogeais sur l’architecture du « building canebière » tout de béton et de verre, et l’étrange dialogue entretenu avec, en face, le grand hôtel et le Noailles. Les palaces de la ville touche à touche, livraient parfois des vedettes qui s’engouffraient dans d’immenses limousines pour aller répéter ou se produire à l’Alcazar, à deux pas de là sur le cours Belsunce. L’alcazar vivait ses dernières années de music-hall mythique, et ce n’est pas la programmation des Chevalier, Line Renaud, Dalida, Trenet, Johnny, Aznavour, Brassens et autre Francis Blanche qui le sauveraient d’un destin de magasin de meubles.

Retour sur la canebière ; nous laissions dans notre dos l’église des réformés, ce gros pastiche néo-gothique, qui paradoxalement n’a jamais abrité le moindre culte protestant, et redescendions vers le cours Belsunce. Sauf en période de Noël où la foire aux santons des allées Meilhan jouait de son pouvoir d’attraction.

La Canebière c’était l’avenue de tous les  Marseillais et cette ambiance bon enfant je ne l’ai plus jamais ressentie sauf une fois, le jour de l’ouverture de Marseille 2013, quand la foule paisible dama  le pion, vaincues par le nombre, aux petites frappes qui prennent, d’habitude, possession du pavé le soir tombé.

Le fabuleux débouché sur le Lacydon entérinait les paroles de la fameuse chanson et invitait au tour de la terre. Souvent ma mère était chargée de ramener des calissons ou du café par une vieille tante et nous entrions dans le Noailles où les parfums de torréfaction me foudroyaient, comme pour faire durer le rêve des lointaines contrées. C’est sans doute là que j’ai contracté mon addiction pour le café, le vrai, le bon pas celui des capsules génériques sans odeur vendues au prix de l’or dans des joailleries suisses très snob, où vous risquez, en prime, de recevoir un piano à queue sur le carafon en franchissant le seuil.

Le cours Belsunce et la rue d’Aix nous ramenaient vers le bus du retour. Nous grimpions par l’arrière où nous étions encore reçus par un préposé aux tickets enfermé dans une minuscule loge en verre. J’adorais lire et j’étais impatient de découvrir ma récompense, mais j’aurais pu m’en passer. Ce qui me motivait c’était la fierté de ma mère. Dès la quatrième, je fus attiré par d’autres nitescences, et mes notes connurent une courbe descendante exactement symétrique à l’éveil de ma libido. Le cul des filles m’exonéra d’assister à la déchéance implacable de la plus belle avenue du monde.

César Roman

* L’homme, sali par une campagne de presse de l’extrême droite dans le sillage de Mauras, se suicida en 1936. Il fut totalement blanchi des accusations de désertion en 1915; bien au contraire, prisonnier, il refusa obstinément de participer à l’effort de guerre allemand et connut les pires camps disciplinaires où il fut à deux doigts de laisser sa peau.
**  Camille Pelletan « se distingua » par son unique  portefeuilles ministériel ; la marine. Il renonça aux gros cuirassés, au grand dam de nombreux amiraux, pour privilégier les sous marins et les petits torpilleurs. Sur le fond, il était sans doute en avance sur l’histoire. En revanche les  torpilleurs incapables d’affronter la haute mer furent la risée de tout un peuple et le nectar des pays ennemis.
*** Sans doute, ma mère ignorait-elle tout de ce général d’empire, commandant de l’armée d’Italie, qui avait refoulé les troupes niço-piémontaises, sinon elle aurait poussé jusqu’à Maupetit  pour m’offrir mon livre.