RETOUR VERS LE FUTUR par César Roman

RETOUR VERS LE FUTUR par César Roman

07/02/17- –

Témoignage//

Dimanche en début d’ après-midi, devant la cheminée qui crépite, entre chien (Vodka la vieille labrador sable) et chat ( le gris tigré qui ronronne et chie sur les Corbu*). J’ai du mal à lâcher «Bulles» de Peter Sloterdijk. Je me donne un coup de pied au cul pour prendre la bagnole, direction  la fac de droit pour «La folie Van Gogh». Le cours Lieutaud est embouteillé et je peste. Pourtant c’est pour la bonne cause; la fermeture à la circulation auto de la Canebière. Je plonge dans le parking Gambetta; plein! Heureusement que je ne suis pas au volant d’une grosse limousine de mes périodes «fastes». Je me gare dans un trou de souris et mon embonpoint m’oblige à de sacrées contorsions pour m’extirper de l’habitacle. Quand j’accède à l’amphi, c’est complet! Je ne suis pas né à Marseille pour rien et j’use de quelques astuces pour pénétrer. Je sors rassuré; un docteur House fait un diagnostic rétroactif. Van Gogh sujet à des crises d’épilepsie, n’était pas fou. Encore que les fous d’une époque peuvent être la norme d’une autre (cf. le TRUMPétaïre).
Je suis arrivé comme dans un tunnel, préoccupé par mon retard à la conférence. Je laisse des vidéastes en herbe à  la pénombre du hall. Sur le seuil, j’ouvre enfin les yeux et ne peux retenir une larme. La Canebière est pleine d’êtres humains en chair et en os arrachés à la petite lucarne ou la manette de jeux. Les marseillais de tous les âges et de toutes les couleurs existent encore. Devant la fac, quelques tables de café-philo. Je m’invite à un débat sur la liberté, vaste programme. J’ébranle l’animatrice jeune prof de philo; la liberté intérieure est-elle vraiment souhaitable? Elle isole, surcharge de responsabilité, peut être souffrance ou existentialisme individualiste. Les gens heureux sont-ils libres? Sans parler de la liberté constitutionnelle que chacun appelle légitimement de ses vœux, mais qui est aussi celle sacrée du 2ème  amendement américain concernant le port d’armes pour tous. Bref!

Incongru, le kiosque à musique joue de la musique.

Girafes rouges, événements artistiques, animations pour enfants tiennent le haut du pavé dans une ambiance bon enfant, mais surtout le check-point de la ligne Maginot entre le nord et le sud de la ville  a du plomb dans l’aile. Les deux villes voisines semblent à nouveau perméables. Je ne suis pas naïf; les dimanches de la Canebière ne vont pas régler les problèmes de la ville, la ségrégation, le sous-équipement sportif et culturel de proximité, l’insuffisance des transports en commun,… Mais, peut-être, la renaissance symbolique du Phoenix va-t-elle faire tâche d’huile.
LES DIMANCHES VONT-ILS DEVENIR QUOTIDIEN?

César Roman

*Auguste expat parisien est rentré dans les valises du fiston à l’issue de ses études. Un cadeau! Sa caisse propre au quotidien et les 6000 m2 de terrain ne l’agréent pas pour se soulager. Le félin réserve l’exclusivité de des ready-made aux fauteuils Corbusier LC2. Un acte militant hostile au formalisme glacé de ces icônes du design qui trônent dans les immenses bureaux sur le 5°avenue,  hymnes à la réussite des multinationales et au puritanisme. Mon AEO de Deganello, improbable pièce montée dédiée à la stabilité, au confort, la sensualité, la lascivité voluptueuse, son dossier enveloppant de cuir drapé, l’épais coussin pouf et le gros pied de fauteuil de dentiste en résine laquée, Auguste le respecte!

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