Vers une gentrification du centre-ville ?

Vers une gentrification du centre-ville ?

Le cœur de ville de Marseille a été endeuillé, le 5 novembre, par l’effondrement de deux immeubles vétustes de la rue d’Aubagne. Huit morts ont été retrouvés sous les décombres.

« Quinze jours après le drame, plus de cent-dix immeubles ont été évacués, une grande partie par mesure de précaution, en attente de l’avis des experts mandatés par le tribunal administratif et plus de mille personnes ont été évacués, dont 800 ont été relogés par la ville », a déclaré l’adjoint aux Marins-Pompiers de Marseille qui a tenu un point presse le 19 novembre.

La vétusté des immeubles est un problème de longue date, conscient de cela, la municipalité a lancé depuis 2016, un plan baptisé « Ambition centre-ville ». À travers ce plan, une cinquantaine d’opérations sont actuellement menées ou vont être menées. Le but de la municipalité est de développer une nouvelle attractivité économique, commerciale, sociale, touristique, culturelle et résidentielle.

Après le drame de la rue d’Aubagne, une question se pose :  Cette réhabilitation n’a t’-elle pas pour l’instant privilégier les grands axes, oubliant les petites rues populaires ?

Rapport Nicol : un constat alarmant

Tout commence ou presque par un constat alarmant tiré en 2015. Le rapport Nicol, du nom du directeur du logement et de l’habitat de la ville de Paris, Christian Nicol, est un rapport concernant la requalification de l’habitat privé à Marseille, commandé par la ministre du logement de l’époque, Sylvia Pinel. Dans son écrit, le haut fonctionnaire est très critique sur la politique menée par l’Etat et la Ville de Marseille. 

« Les dispositifs mis en place ont eu un effet marginal sur le traitement de l’habitat indigne, du fait notamment de l’insuffisante coordination des acteurs, de la mauvaise utilisation de la boîte à outils de la lutte contre l’habitat indigne et des difficultés opérationnelles pour assurer le recyclage des îlots », peut-on lire sur le site internet Marsactu, média local qui s’était procuré le rapport en 2015.

 Le plan « Ambition centre-ville » pour répondre aux attentes 

Dans ce contexte, un programme baptisé « Ambition centre-ville » a été imaginé. Fin 2016, un partenariat entre le Département et la ville de Marseille est signé. Le résultat est un plan d’investissement sans précédent, 100 millions d’euros sur trois ans. Parmi les nombreux projets, sont prévus : le réaménagement de la voirie, le ravalement des façades, la requalification de l’environnement urbain…

« Le but est de redonner une unité et une sécurité au territoire », affirme l’un des responsables du site internet « Ambition centre-ville ».

L’habitat est un point essentiel de ce vaste programme. Plusieurs dispositifs ont été mis ou vont être mis en place afin de faciliter la réhabilitation des logements insalubres avec des aides financières. Des chèques « premier logement » et « accession rénovation » ont été créés pour inciter à investir dans le centre-ville. Afin de lutter contre l’habitat indigne la ville de Marseille a décidé de programmer un plan de deux millions d’euros sur six ans pour rénover les immeubles les plus insalubres du centre-ville. Le ravalement des façades de 1600 immeubles d’ici à 2022 est aussi prévu. 

Deux ans après la signature de ce plan, les riverains se posent une grande question : qu’en est-il à l’heure actuelle ? Pour tenter de répondre à cette problématique, la Hune de Canebière a fait un bilan.

 

Des réussites 

 Située entre la place Estrangin et la Canebière, la rue Paradis est devenue un petit paradis pour les piétons ! Après plusieurs mois de réhabilitation, l’inauguration a eu lieu le 2 décembre 2017.

La nouvelle Rue Paradis a été inaugurée le 2 décembre 2017.

Les principales rénovations ont été concentrées sur les espaces piétons, fini les petits trottoirs, désormais les riverains peuvent déambuler sans se marcher dessus.

La circulation des voitures a, elle aussi, été améliorée grâce à un dispositif  intelligent avec capteur de détection qui permet une meilleure rotation concernant les stationnements des véhicules.

La rénovation de cette voie a laissé une grande place aux vélos, une piste cyclable remonte la rue. 

Dans le but de créer un espace paisible, des arbres ont été plantés le long des trottoirs. Les travaux réalisés sur la rue Paradis sont similaires à ceux effectués dans le secteur de la Porte d’Aix. Avant 2017, cette entrée dans Marseille n’avait guère de charme. Désormais, les trottoirs qui remontent vers la gare Saint-Charles sont agréables et la place Jules Guesde est bien aménagée. 

Des projets controversés 

Une centaine d'opposants au projet de rénovation de La Plaine ont manifesté samedi 24 novembre Depuis la rentrée, le cœur de ville est bouleversé par de nombreuses manifestations contre le projet de rénovation du marché de La Plaine, la dernière en date, samedi 24 novembre. Ce jour-là, les opposants étaient une centaine à défiler munis de leurs banderoles, dont l’une des plus marquantes : « 20 millions d’euros pour détruire La Plaine, pas une thune pour sauver Noailles ».

Selon le site d’actualité Made in Marseille : « Le projet de requalification de la place prévoit en outre la création d’un large tapis central imaginé comme un lieu de rencontre alliant espaces végétalisés et ludiques, deux ramblas, de vastes espaces en lien direct avec les pieds d’immeubles, où se déroulera le marché, une pergola/ombrière qui abritera l’aire de deux kiosques et la trémie d’escalier liée au parking souterrain. On y trouvera également deux aires de jeux pour enfants ». Ce site d’information annonce un montant équivalent à 11,5 millions d’euros et la fin des travaux dans deux ans. 

La Canebière, nouveau Broadway marseillais, c’est l’ambition de Sabine Bernasconi maire du 1er et 7ème arrondissements. Pour cela, les projets se multiplient dans le secteur. Projet phare :  la création d’un cinéma d’art et d’essai et d’un centre culturel avec restaurants en haut de la Canebière en lieu et place de l’ancienne mairie de secteur réinstallée 61 Canebière avec un grand hall d’exposition. Cet Artplex 125 Canebière devait être prêt pour 2019 mais les travaux de désamiantage et de consolidation du sol ont pris près d’un an de retard. Autre projet d’envergure: la transformation d’un bâtiment le long de la rue des Feuillants en un hôtel de luxe à l’angle de la Canebière. Cette nouvelle résidence 4 étoiles contiendra 90 chambres, une brasserie et une salle de fitness. Les travaux ont commencé en 2017 pour une livraison prévue au deuxième trimestre 2019. Ce projet s’inscrit totalement dans la volonté de reconversion du pôle de la Canebière.

Selon le site internet Ambition centre-ville : « L’hôtel de luxe permettra de dévoiler toute la richesse du secteur mais aussi de développer une nouvelle offre commerciale diversifiée ». Cette idée peut-être considérée par certains comme une volonté d’ embourgeoisement du centre-ville avec une augmentation des loyers pour chasser les plus pauvres de leurs habitats insalubres. Cela rappelle, les travaux effectués sur la rue de La République, dont le but était d’attirer les classes moyennes et supérieures. À l’heure actuelle, un tiers des logements de la rue de La République sont inoccupés, des chiffres annoncés dans un rapport de l’association “Un centre-ville pour tous” (CVPT).

Vincent Tolmau (IEJ 3)

Revue: à lire aussi la Tribune de Jean-Marc Coppola publiée par Destimed.fr le 22 novembre.

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