Canebière : portrait d’un mythe

Canebière : portrait d’un mythe

©Théo Potié

On ne vit pas à Marseille, Marseille se vit. Sur la canebière, on y faisait des cordes en chanvre, aujourd’hui certains parlent de “Broadway marseillais” ou bien de “Champs-Elysées marseillais”, pourtant jusqu’en 2013 encore, l’artère avait mauvaise réputation. L’image qu’en gardaient les visiteurs était loin de sa splendeur des années 30 à 50. Sale, dangereuse, à l’abandon, détériorée, les adjectifs fusent dans la bouche des étrangers. Après la construction du tramway en 2007, la mairie entame à nouveau des travaux de requalification et de rénovations dans tout le centre-ville en 2016, dont la Canebière en 2019. Désormais “piétonnisée et apaisée” selon les mots de la maire (LR) de secteur, Sabine Bernasconi. Qu’aperçoit donc un visiteur au gré de ses déambulations marseillaise ? Portrait contemporain de la Canebière car Marseille se vit, mais Marseille se lit aussi. 

Le promeneur laisse le Vieux-Port dans son dos, déjà, en contemplant la Canebière de tout son kilomètre de long, il pourra voir les premiers travaux de piétonnisation. Le bas de la canebière, à côté du Club Pernod est déjà interdit à la circulation, de quoi rassurer les licenciés et leurs ainées. “ Ah ben, c’est sûr que c’est mieux”, réagit une vieille dame avec ses courses. En remontant, vestige du passé, le manège qui tourne quasiment à vide en cette après-midi ensoleillé. La place du Général-De-Gaulle elle aussi se pare des traditionnelles barrières métalliques et rentre dans sa période de travaux. En face, le palais de la Bourse et ses colonnes, regardent la Canebière évoluer. 
C’est au Centre Bourse que l’enfer commence, la circulation est alternée, les voitures roulent sur un bout de trottoir reconverti en chaussée, les piétons circulent dans le chaos des bus et des arrêts hasardeux, les passants se frayent un chemin dans un dédale de gravats et grillages tandis que les terrasses des snacks et café organisent la résistance. “On fait avec “, estime un gérant de snack en face du Centre Bourse. Le terminal des bus a été déplacé cours Jean Ballard, au sud du vieux-port pour permettre la piétonnisation de l’esplanade devant le Centre Bourse jusqu’au port antique entièrement remodelé. 
De retour sur le bas de la Canebière, le noir des façades s’allège pour retrouver un éclat ocre, à l’image de la Cure Gourmande, la seule boutique qui représente le sud entre banques et les magasins de téléphonie mobile. Un kiosque de à journaux est fermé pour raison de santé ; sur les quatre de la rue, seul un est ouvert. 
Plus haut encore, les trams se croisent, le cours St-Louis est un lieu de passage, il n’y a pas beaucoup de banc, si bien que les vieux s’installent sur les rebords du Monoprix pour discuter. Les gens sont pressés et s’engouffrent dans les trams, il n’y a pas beaucoup de végétation, hormis un fleuriste, seul survivant des quatre kiosques d’antan, qui vient verdir cette avenue de platanes. Fidèle au poste, Toinou et son comptoir coquillage rend cette place plus vivante. 
Puis, vient Noailles, cœur névralgique de ce quartier, il y a encore des banques côté Canebière et la mairie 1&7 à la façade recouverte de planches est encore traumatisée du passage des Gilets-Jaunes. À l’intérieur des petites ruelles, règne une joyeuse atmosphère. Entre le marché des capucins refait en 2017, les épiceries, la Maison Empereur, et les petits trafics de cigarettes, Marseille se mélange et avance. Chacun dans son sens. 
Au croisement entre la Canebière et le boulevard Garibaldi, l’ambiance change les boutiques se font plus modestes et le climat plus apaisé ; sur la gauche les terrasses des cafés sont à l’ombre des platanes et les gens discutent tranquillement. L’art s’invite doucement, avec le cinéma des Variétés, le Théâtre du Gymnase, les Bernardines en phase de piétonnisation/rénovation et plus haut le Théâtre de l’Odéon. Tandis que les deux aiguilles de l’église des réformés en cours de restauration se détachent déjà dans le ciel. 
Enfin, tout en haut, la place Léon-Blum et son kiosque à musique, eux aussi en travaux, en face de l’ancienne mairie qui fera place en 2021 au complexe de cinéma Artplexe. “La Canebière c’est le cœur battant de cette ville, il faut puiser des forces dans son histoire, sa culture et son patrimoine. Si l’on ne retrouve pas du sens à cette artère, cela ne sert à rien de faire de nouveaux pavés”, détaille Sabine Bernasconi, maire du premier secteur de la ville (1er et 7ème arrondissements). “ La canebière retrouve peu à peu une place centrale dans Marseille”, conclut-elle. 

Texte et photos Théo Potié (IEJ3)

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