A la Canebière, piétonnisation plutôt que paupérisation

A la Canebière, piétonnisation plutôt que paupérisation

©zal

Au centre-ville de Marseille est lancé depuis 2017 un vaste programme dit de « requalification ». A quatre mois des élections municipales de 2020 la Canebière reste un espace aux enjeux multiples

©zalC’est en mars 2019 que le projet de « requalification » du centre-ville de la cité phocéenne  a été lancé, suscitant les intérêts et les interrogations des habitants. Après le réaménagement de la rue Paradis, le déplacement des terminaux de bus de l’esplanade du centre bourse vers le cours Jean Ballard, la requalification du cours Lieutaud, le réaménagement des abords du jardin des vestiges, les pelleteuses ont attaqué en juillet la Canebière. Une vaste opération de piétonnisation qui devrait se terminer en janvier 2020 au carrefour Canebière/Dugomier/Garibaldi. Une occasion de définir et chiffrer les enjeux d’une piétonnisation désirée par toutes et tous mais qui fait de nombreux automobilistes mécontents. Ces derniers s’insurgent en se demandant à quoi cela peut servir de piétonniser une voie pauvre en commerces et offres culturelles mettant en doute les affirmations des décideurs d’un projet global de requalification, embouteillant la ville déjà championne en la matière.©Marian Cregut

Le chantier annoncé devrait coûter 60 millions d’euros au contribuable et se répartir sur deux périodes : la première en 2019/2020 et la deuxième en 2020/2021. La rénovation est à l’honneur. La Hune de la Canebière dans un article daté de mars 2019 souligne la volonté de la ville de planter 450 arbres, faisant écho à une volonté citoyenne d’un aménagement plus « vert » de la cité phocéenne. Sont également inclus le pavement des rues et la rénovation architecturale. Les deux phases de travaux concernent 72 hectares dont il est prévu que 22 soient intégralement piétonnisés.

©Marian CregutLa présidente (LR) de la métropole Aix-Marseille et du département des Bouches-du-Rhône, candidate déclarée et adoubée par Jean-Claude Gaudin à sa succession à la mairie de Marseille, Martine Vassal, affirmait : « L’image du centre-ville s’est détériorée au fil du temps. Il y a un désamour du centre et c’est très inquiétant pour la 2e ville de France de ne pas avoir l’attractivité qu’elle mérite. Notre volonté est d’augmenter la fréquentation des commerces et que les habitants puissent y vivre en sécurité. Ces dernières années, on a refait les centres-villes de La Ciotat, Gignac, Cassis… Et la métropole voulait aussi offrir à la ville centre, un centre-ville de ce nom ».

« On vit comme des rats » !

-4390898822079490713Car la Canebière est une voie de passage désespérément pauvre. On est frappé d’y constater le nombre de chantiers de travaux publics qui, s’ils sont nécessaires au réaménagement, enlaidissent un espace suintant la vétusté. Le lycée Thiers, le théâtre des Bernardines, la façade du local de Force Ouvrière, autant de lieux naguère importants croulant aujourd’hui sous le poids de l’abandon et des graffitis. De partout des façades sales, usées, misérables. De partout des murs qui s’effritent, des volets vieux ou manquants, des fenêtres qui protestent contre la fatalité de leur sort. Alors c’est ça la Canebière, s’interroge le visiteur approché : tellement de voitures que la route ne peut toutes les contenir, des gens pauvres et des pauvres gens qui vont et viennent, s’enfonçant pour certains dans des ruelles sombres plus humides que la pluie et plus froides que l’hiver ? Alors c’est ça la Canebière : de trop rares piétons qui se risquent au hasard des quelques boutiques encore ouvertes qu’on y peut trouver ? Comme le confie à l’auteur de ces lignes Hamid, habitant du quartier de Noailles : « On est parqué dans des taudis comme des bêtes, et on vit comme des rats. De toutes façons, après les effondrements de la rue d’Aubagne, on ne fait plus du tout confiance à nos responsables politiques. On vit dans la misère, et on a peur ». L’effondrement de deux immeubles vétustes avait fait huit morts le 5 novembre 2018.

Espaces publics et propriété citoyenne

©Marian CregutSi Marseille est l’une des villes les plus touchées par les inégalités économiques, “la Canebière, même à l’abandon, reste la propriété des citoyens, qui s’y meuvent et s’y rencontrent”, confie Julie, jeune étudiante qui vit elle aussi à Noailles. Pour elle, la rue est l’espace public, ce lieu imperméable aux discriminations multiples quoi qu’inadmissibles. C’est la conception que s’en fait Dominique Bluzet, directeur des Théâtres du Gymnase et des Bernardines à Marseille, du Jeu de Paume et du Grand Théâtre de Provence à Aix , ainsi que rapporté par le site web Les Théâtres. Établissant un parallèle avec la rue, “propriété citoyenne et collective”, Dominique Bluzet donne du théâtre la définition suivante : « Le but du théâtre public c’est d’être là pour accueillir le public, c’est-à-dire le citoyen qui estime qu’il est naturel que des collectivités (l’Etat, la région, le département, la Métropole, la ville) financent des structures culturelles ». Il est directement impliqué dans le devenir de la Canebière, indiquant aider au « recyclage » de bâtiments laissés à l’abandon afin d’en faire des lieux à vocation culturelle : « Aujourd’hui je reprends une brasserie à côté du gymnase, un immeuble où je vais faire des résidences d’artiste », précise-t-il.©Marian Cregut

“L’actualité est donc plus que jamais à l’état et au devenir de notre Canebière, qui ne doit pas révulser les habitants mais présenter le centre-ville de Marseille sous un nouveau jour”. C’est le pari de Sabine Bernasconi, maire (LR) du premier secteur de Marseille et vice-présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône en charge de la culture.

Marian CREGUT (IEJ 3)

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