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Catégorie : Histoires

Coup de gueule d’un blogueur

Coup de gueule d’un blogueur

Les élus marseillais doivent faire leur révolution ou nous la ferons !

Quand j’ai lancé « Marseille à la loupe » en 2012, je n’avais pas de feuille de route ou d’agenda caché. J’étais juste très excité par les projets de rénovation urbaine qui s’accéléraient un peu partout dans le centre ville de Marseille à l’aube de l’année Capitale Européenne de la Culture et je désirais naïvement les relayer. Cette excitation un peu béate m’a d’ailleurs rendu suspect aux yeux des premiers abonnés de la page. Certains me soupçonnaient de vouloir mettre en avant les avancées positives de la ville pour appuyer la réélection de Jean-Claude Gaudin aux municipales de 2014. Avec le recul, cela peut sembler comique mais ce soupçon était sans doute légitime à la relecture de mes premiers posts  qui étaient effectivement très enthousiastes.

5 ans plus tard, le ton de la page a forcément changé. Je suis un néo-marseillais confirmé (6 ans et 4 mois) et j’ai eu le temps de vivre la ville dans ce qu’elle a de mieux et de pire à nous offrir. J’ai cru, j’ai espéré, j’ai été déçu, frustré, j’ai re-cru, re-espéré… A Marseille, il faut s’accrocher. Beaucoup essayent de construire quelque chose, une vie de famille, un projet professionnel, et abandonnent. Mais moi je m’arc-boute et je continue à y croire du haut de cette vie palpitante que j’ai démarrée ici, partagé entre un travail de veille citoyenne que j’accomplis à vos cotés et mon vrai travail, tout aussi passionnant, au services de causes environnementales et solidaires.

La suite du coup de gueule de Mathieu Grapeloup

Marseille : géopolitique d’un micro-territoire

Marseille : géopolitique d’un micro-territoire

30/03/2017

Une étude passionnante de la géopolitique de Marseille par Jean-Charles Antoine, ancien officier supérieur de gendarmerie, certifié HEC Paris, et docteur en géopolitique de l’Institut Français de Géopolitique Paris VIII. Il a fondé et dirige la société Arkaliz de conseil en géopolitique pour les dirigeants publics et privés, et la société Citypol d’audits sécuritaires pour les communes.marseille-carte-google-2017x500

Dans le sud de la France, le micro-territoire de Marseille est un substrat géopolitique riche en rivalités et en rapports de forces, en luttes d’influence de tous ordres et défis toujours plus importants, à plusieurs échelles. Jean-Charles Antoine invite à une passionnante lecture géopolitique de la deuxième agglomération française.La publication de cette étude sur le Diploweb.com s’inscrit dans le contexte du 9e Festival de Géopolitique de Grenoble, ” Le pouvoir des villes », du 8 au 11 mars 2017. En effet, Jean-Charles Antoine y donne une conférence sur « La géopolitique des micro-territoires : le cas de Marseille ».
Lire l’étude diffusée par le site diploweb.fr le 6 mars 2017 dans la revue géopolitique diffusée de Jean-Charles Antoine
FOCUS SUR LA CANEBIÈRE : TROIS LIEUX EMBLÉMATIQUES 

FOCUS SUR LA CANEBIÈRE : TROIS LIEUX EMBLÉMATIQUES 

 02/03/2017
Marseille capitale européenne de la culture… C’était en 2013… Souvenez vous, le MuCEM, la vieille charité, les théâtres et le Silo, le Dôme et le Palais Longchamps ou bien encore la bibliothèque de l’Alcazar…

Aujourd’hui, Marseille reste une reine en terme de culture et c’est avec les dimanches de la Canebière (les derniers dimanches de chaque mois sauf juillet-août et décembre) instaurés cette année par Sabine Bernasconi, maire (LR) du premier secteur (1er & 7ème arrondissements) qu’elle nous le prouve une nouvelle fois.

©Christophe MOUSTIER 1994
Entrée de l’Alcazar avant rénovation

L’annonce du concert de Lambert Wilson ce jeudi 02 mars 2017 à l’Opéra de Marseille a redonné aux vieux marsellais la nostalgie des grandes heures de la Canebière connue du monde entier pour ses cafés et cabarets. C’est sur un répertoire chanté par Lambert Wilson qui fait revivre des airs chantés à l’Alcazar que je vous propose un  petit focus sur cet édifice mythique à Marseille devenue bibliothèque. « L’Alcazar-Lyrique », de son nom à l’époque, ouvre ses portes pour la première fois le 10 octobre 1857. A ce moment, la salle en haut du cours Belsunce dans le 1er arrondissement de la ville, peut accueillir jusqu’à 2.000 personnes. Au début du XXème siècle, Dalida, Yves Montand, Tino Rossi ou encore Fernandel défilent à l’Alcazar… L’endroit devient un lieu très fréquenté et la salle est reconvertie en cinéma au début des années 1930.

Du lyrique à la lecture

©zal
2017

Fermée durant la Seconde Guerre Mondiale, elle connaît un regain d’activité à la Libération. A sa réouverture en 1946, l’Alcazar est un réel cinéma, puis devient quelques années plus tard un music-hall où chanteurs connus du début de notre temps comme Charles Aznavour, Henri Salvador, Sacha Distel, Johnny Hallyday ou Jacques Brel se réunissent pour partager leurs musiques. Le 9 août 1966, l’Alcazar prend congé, ce n’est pas voulu, mais la télévision lui fait de la concurrence et fait chavirer le navire…

C’est en 2004 que l’histoire de la musique à l’Alcazar s’arrête un peu pour laisser sa place à la littérature. Le 30 mars 2004, l’Alcazar ouvre ses portes sous la forme d’une bibliothèque municipale à vocation régionale (BMVR) en remplacement de la bibliothèque Saint-Charles.
Ce soir nous retrouvons donc Lambert Wilson, acteur et chanteur français, sur le parquet de l’Opéra et non plus d’Alcazar dont vous connaissez maintenant l’histoire. Wilson chante Montand. Dans un album sorti l’an dernier l’acteur chanteur, même tonalité de baryton, même silhouette rend  hommage à Ivo Livi, devenu le chanteur Yves Montand, commémorant ainsi le 25ème anniversaire de la disparition de l’artiste.

 Le Palais de la Bourse, un mythe architectural du second empire à Marseille

Descendons en bas de la Canebière, à la lisière du Vieux Port et de la rue Paradis, pour nous retrouver face au Palais de la Bourse, qui fut le premier édifice de Marseille élevé sous le Second Empire. Réalisé par l’architecte Pascal Coste en 1852, c’est le début de la grande vague de construction des édifices publics à Marseille, au milieu du XIXème siècle. ­­­­­L­e bâtiment abrite aujourd’hui le siège de

@bienvenuemarseille

la Chambre de Commerce­ et d’Industrie Marseille-Provence (CCIMP), plus ancienne chambre de commerce de France. L’inauguration  du bâtiment se tint, en septembre 1860, en présence de Napoléon III. Les finitions se poursuivront encore pendant vingt ans et l’opération nécessita en tout l’expropriation de 65 immeubles. En 2010, pour ses 150 ans d’existence, l’édifice a bénéficié de la rénovation de ses 6.600 mètres carré de façade. La partie supérieure de cette façade représentant les armes de la ville, flanquées de figures à demi-allongées, puis l’Océan et la Méditerranée. Le Palais de la Bourse est aujourd’hui considéré comme l’un des plus parfaits exemples du style Second Empire en France. 47 mètres de long , 30 mètres de hauteur et 68 de profondeur, l’édifice dépasse largement les dimensions du Palais Brongniart, ancien palais de la Bourse à Paris. Le Palais de la Bourse marseillais, qui représente l’essor de Marseille, accueille dans sa partie droite du rez-de-chaussée, le musée de la Marine, qui organise régulièrement des expositions. Elles vous y attendent !

 L’église dite des Réformés et ses deux flèches

©Mathilde Serra
Les réformés marseille

Remontons le Broadway de Marseille, en tramway ou à pied, pour apprécier le vent frais sur notre visage, les odeurs d’autres mondes dans notre nez ou la diversité des peuples sous nos yeux.   Montons jusqu’à la place des Réformés, au bout des allées de Meilhan, où se trouve bien évidemment, l’Eglise des Réformés. Cette église s’appelle en réalité l’Église Saint-Vincent-de-Paul. Elle doit son nom courant à l’emplacement d’une ancienne chapelle des Augustins Réformés. L’église est un site religieux historique car la première pierre de l’ancienne chapelle du couvent dédiée à Saint Nicolas de Tolentino, fut posée par le duc de Guise, gouverneur de la Provence, le 20 juin 1611. Pour l’anecdote, chaque année à Marseille, le dernier dimanche qui clôture l’année liturgique, dimanche du Christ Roi, tous les santonniers se retrouvaient à l’église des Réformés pour une célébration eucharistique avant d’inaugurer la foire aux santons : c’est ce qu’on appelle la messe des Santonniers. Bref, l’église est édifiée entre 1855 et 1888 par l’architecte Reybaud sur les plans de l’abbé Pougnet, selon le style gothique ogival du XIIIème siècle. Les vitraux sont magnifiques et originaux, et la statue de Jeanne d’Arc réalisée par Botinelly en 1943 est présente au devant de l’édifice. Si vous y allez, vous remarquerez sûrement la grandeur de ce bâtiment, rien qu’en le comparant aux arbres des alentours, et vous verrez que c’est une des plus belles églises de Marseille avec ses deux flèches jumelles. 

Je conclue en vous faisant remarquer que je viens de citer trois lieux emblématiques à Marseille, trois lieux qui se situent où ? Sur la Canebière. Une Canebière pleine de ressources et de secrets qu’il faut trouver, pleine d’histoires et d’anecdotes… Je vous donne d’ailleurs rendez-vous avec mon prochain article qui traitera justement de petites anecdotes trouvées en me promenant du Vieux Port au 10 Square Stalingrad.
A bientôt !
Mathilde SERRA (IEJ)
Un de la Canebière, par Jacques Bonnadier

Un de la Canebière, par Jacques Bonnadier

15/02/17- –

Témoignage//

C’est au cinquième étage d’une des belles maisons a chapiteaux et mascarons construites ici en 1750, en l’occurrence celle occupée aujourd’hui par la Barclays Bank et sise au numéro 32, que j’ai connu mes premiers vrais émois de Marseillais, mes premières joies d’ « un de la Canebière».

Du minuscule encorbellement d’une de ces fenêtres arrondies qui éclairaient l’appartement de mes grands-parents paternels, j’ai découvert – et j’ai « badé» longtemps – le merveilleux spectacle de la rue. Il est vrai que ce n’était pas n’importe quelle rue!

A l’époque – je vous parle des années quarante – j’ignorais, bien entendu, qu’il y ait eu autrefois a la place de la Canebière un marais formé par la mer et les eaux pluviales descendant des collines et que les alluvions avaient peu à peu constitué un terrain nommé «Podium Formiguerii», dont on avait fait Plan Fourmiguier. Je ne savais pas que jusqu’à la fin du XIVème siècle la Canebière était restée à l’état de terrain vague et que la première maison y avait été bâtie en 1666. Bref, je n’imaginais pas qu’elle ait eu jamais un autre aspect que celui qu’elle avait alors; qu’elle ait pu un jour être fermée du côté du port par l’Arsenal des Galères (et ce jusqu’en 1786); de l’autre (à la hauteur du boulevard Dugommier), barrée par le rempart.

Je m’interrogeais cependant sur l’origine de son nom. On répondait généralement à ma question en me disant que «Canebière», cela voulait dire «champ de chanvre», mais nul ne savait si cette plante y avait été réellement cultivée ou si les lieux avaient servi simplement d’entrepôts aux fabricants de cordes. J’étais également intrigué par les deux «n» de la Cannebière des cartes postales anciennes. «C’était une erreur», me disait-on. Elle avait été commise en 1857 – Dieu sait pourquoi! On l’avait réparée en 1928 lorsque la Cannebière proprement dite – celle de mes grands-parents -, la rue Noailles qui la prolongeait du cours Saint-Louis au boulevard Dugommier et, au-delà, les allées de Meilhan avaient été réunies sous le même nom de Canebière; avec un seul «n», donc. Ce qui me fascinait, c’était de voir circuler les trams, de regarder passer les gens. Il y en avait de toutes sortes, des gens: «La Canebière est le foyer des migrateurs», avait écrit Albert Londres en 1927… J’admirais surtout les «noirs éblouissants» qui portaient la chéchia. Le 14 juillet, défilé: j’étais aux premières loges. Quelle fête! Quelle fête aussi quand on m’emmenait (rarement!) au Café Riche: «Garçon, un sirop-bébé»!… Ou au «Cinévog», le cinéma qui avait remplacé le «Café de France» quand on y jouait «quelque chose pour les enfants» !… Les temps ont changé, c’est certain. Disparus les cafés! Le cinéma! «Baze» est arrivé. Rasée la maison à colonne de l’angle Canebière-cours Belsunce: remplacée par le grand immeuble blanc dont Radio Monte-Carlo occupe la terrasse. Des commerces sont apparus, qui ne sont pas tous du meilleur «look». On vend des fringues, des chaussures en Veux-tu en voilà! «Colombe» s’envole; les braderies restent.

Je l’aime cependant, ma vieille Canebière. Quoi qu’on m’en dise. Et j’aime que toute la vie de Marseille y palpite et y grouille. Que voulez-vous, je suis un peu son enfant!

Jacques Bonnadier

Extrait de « Marseille, passé et présent sous le même angle ». Photos : Frédéric Pauvarel ; textes : Jacques Bonnadier ; préface d’Yves Montand. Editions Champion-Slatkine, Paris-Genève, 1988.
RETOUR VERS LE FUTUR par César Roman

RETOUR VERS LE FUTUR par César Roman

07/02/17- –

Témoignage//

Dimanche en début d’ après-midi, devant la cheminée qui crépite, entre chien (Vodka la vieille labrador sable) et chat ( le gris tigré qui ronronne et chie sur les Corbu*). J’ai du mal à lâcher «Bulles» de Peter Sloterdijk. Je me donne un coup de pied au cul pour prendre la bagnole, direction  la fac de droit pour «La folie Van Gogh». Le cours Lieutaud est embouteillé et je peste. Pourtant c’est pour la bonne cause; la fermeture à la circulation auto de la Canebière. Je plonge dans le parking Gambetta; plein! Heureusement que je ne suis pas au volant d’une grosse limousine de mes périodes «fastes». Je me gare dans un trou de souris et mon embonpoint m’oblige à de sacrées contorsions pour m’extirper de l’habitacle. Quand j’accède à l’amphi, c’est complet! Je ne suis pas né à Marseille pour rien et j’use de quelques astuces pour pénétrer. Je sors rassuré; un docteur House fait un diagnostic rétroactif. Van Gogh sujet à des crises d’épilepsie, n’était pas fou. Encore que les fous d’une époque peuvent être la norme d’une autre (cf. le TRUMPétaïre).
Je suis arrivé comme dans un tunnel, préoccupé par mon retard à la conférence. Je laisse des vidéastes en herbe à  la pénombre du hall. Sur le seuil, j’ouvre enfin les yeux et ne peux retenir une larme. La Canebière est pleine d’êtres humains en chair et en os arrachés à la petite lucarne ou la manette de jeux. Les marseillais de tous les âges et de toutes les couleurs existent encore. Devant la fac, quelques tables de café-philo. Je m’invite à un débat sur la liberté, vaste programme. J’ébranle l’animatrice jeune prof de philo; la liberté intérieure est-elle vraiment souhaitable? Elle isole, surcharge de responsabilité, peut être souffrance ou existentialisme individualiste. Les gens heureux sont-ils libres? Sans parler de la liberté constitutionnelle que chacun appelle légitimement de ses vœux, mais qui est aussi celle sacrée du 2ème  amendement américain concernant le port d’armes pour tous. Bref!

Incongru, le kiosque à musique joue de la musique.

Girafes rouges, événements artistiques, animations pour enfants tiennent le haut du pavé dans une ambiance bon enfant, mais surtout le check-point de la ligne Maginot entre le nord et le sud de la ville  a du plomb dans l’aile. Les deux villes voisines semblent à nouveau perméables. Je ne suis pas naïf; les dimanches de la Canebière ne vont pas régler les problèmes de la ville, la ségrégation, le sous-équipement sportif et culturel de proximité, l’insuffisance des transports en commun,… Mais, peut-être, la renaissance symbolique du Phoenix va-t-elle faire tâche d’huile.
LES DIMANCHES VONT-ILS DEVENIR QUOTIDIEN?

César Roman

*Auguste expat parisien est rentré dans les valises du fiston à l’issue de ses études. Un cadeau! Sa caisse propre au quotidien et les 6000 m2 de terrain ne l’agréent pas pour se soulager. Le félin réserve l’exclusivité de des ready-made aux fauteuils Corbusier LC2. Un acte militant hostile au formalisme glacé de ces icônes du design qui trônent dans les immenses bureaux sur le 5°avenue,  hymnes à la réussite des multinationales et au puritanisme. Mon AEO de Deganello, improbable pièce montée dédiée à la stabilité, au confort, la sensualité, la lascivité voluptueuse, son dossier enveloppant de cuir drapé, l’épais coussin pouf et le gros pied de fauteuil de dentiste en résine laquée, Auguste le respecte!
La Canebière de Adrien Blès

La Canebière de Adrien Blès

La Canebière dans le temps et dans l’espace

De Adrien Blès


120 p (1994), Illustrations N&B Editions : Jeanne Laffitte, 28,20 Euros ISBN : 2-86276-250-4

        Ni rue, ni cours, ni même avenue … La Canebière est unique !

     Cette artère de communication est la véritable colonne vertébrale de ma cité phocéenne où confluent toutes les rues, les avenues et les cours, de l’Estaque aux Goudes, de Saint-Julien et de la Treille. Au cœur de la mémoire des Marseillais, elle rayonne dans le monde entier, simplement symbolique, dénominative de la ville ; elle circule mythiquement telle une configuration emblématique de génération en génération. Si d’aucuns la disent dénaturée, nul ne peut l’ignorer. Plongeant dans le Vieux-Port, elle lui emprunte parfois ses gréements et ses voilures qui par chaude lumière arasante semblent évoluer dans l’artère et pénétrer dans la ville.

    Adrien Blès a remonté le cours de l’histoire qui façonna la Canebière durant trois cents ans. Née de trois tronçons – la rue Cannebière du cours Saint-Louis au Vieux-Port, la rue Noailles et les anciennes Allées -, elle s’est transformée en artère commerciale et culturelle dont la pleine maturité se situe sous le Second Empire. En 1929, elle prit le visage que nous lui connaissons, alors que furent taillés les immeubles, rectifié les alignements et que des arbres furent abattus.

Préface de Daniel Drocourt (directeur de l’Atelier du patrimoine de la ville de Marseille)

« Beaucoup de Marseillais retrouveront la Canebière des années 1920-1930, les cafés, les cinémas, les commerces et les plus jeunes pourront imaginer ce qu’était cette artère, il y a cinquante ans et au-delà. »

 

il était une fois II

il était une fois II

Repris du site de l’OTCM, (Office du Tourisme et des Congrès de Marseille)

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Chambre de Commerce gravure ©otcm
Imaginez Marseille au Moyen âge. Petite ville ou la population s’entassait sur la colline du Panier, à l’abri d’étroits remparts. La Canebière n’était alors qu’une succession de terrains vagues, avec un ruisseau (le Jarret) qui s’écoulait dans les marécages du port. Le bétail venait y paître et le chanvre é tait cultivé pour fabriquer les cordages des navires. Les artisans cordiers étaient eux installés non loin de là. D’ailleurs Canebière vient du provençal « canebe » qui signifie chanvre.

Partie extra muros de la ville jusqu’à ce que Louis XIV décide de l’agrandissement de la ville. La Canebière est mentionnée pour la première fois en 1667, au moment de tracer une voie au milieu d’un ancien atelier de cordier. Le roi fait déplacer l’arsenal des galères au Plan Fourmiguier (rive sud est du port) et les cordiers s’installent sur l’actuelle et bien nommée rue de la Corderie. Les premières maisons commencent à pousser aux alentours de 1671.La Canebière partait alors du cours Belsunce pour arriver au niveau des remparts du port.  Ce n’est qu’en 1774, que la jonction avec le Vieux Port est effectuée.

En 1727, la municipalité décide de se doter d’une promenade le long et des rangées d’arbres sont alors plantées dans les allées. Les premiers immeubles sont construits dans la même zone, Cours Saint Louis, Belsunce, Rue Saint Ferréol. Commerces et marchés prennent également place. La promenade devient le lieu de rencontre des dames de la bonne société, des gentilshommes, mais aussi des brigands qui déjà détroussent le promeneur à cet endroit.

L’ÂGE D’OR

La Canebière telle que nous la connaissons aujourd’hui commence à se dessiner au cours du XIX e siècle. Grands magasins, cafés, hôtels prestigieux changent la physionomie de la rue qui devient une artère à la mode. La Canebière devient la patrie de tous les marins et des « racailles » du monde, l’activité portuaire s’intensifie avec les colonies. En 1854, la construction du palais de la Bourse débute sous l’impulsion des marchands de la ville qui siégeaient alors à la mairie. En 1857, la municipalité décrète que la rue doit faire trente mètres de large. De nombreuses maisons sont alors démolies, d’autres sont construites, la rue prend alors le nom de Cannebière jusqu’en 1927. La bourgeoisie succède à l’aristocratie qui prend ses quartiers à la rue Saint Férréol.

En 1928, la fusion des trois rues (Canebière, Allées de Meilhan et Noailles) forme La Canebière telle que nous la connaissons actuellement. Devenue « la Mecque des voyageurs » selon Albert Londres, la rue déchaîne déjà les passions dans des formes qui ne sont pas sans nous rappeler les discours actuels : « Port préféré des matelots en bordée sans permission, infestée de toutes la racaille des pays méditerranéens (..) cette ville semblait proclamer au monde entier que la chose la plus merveilleuse de la vie moderne était le bordel » (Claude McKay 1928).

En 1935, le chansonnier Vincent Scotto immortalise la rue avec sa célèbre chanson pour une opérette marseillaise nommée « Un de la Canebière ». Cette chanson a grandement contribué à populariser à Paris et dans le monde entier cette image caricaturale de Marseille et des provençaux qui perdure encore jusqu’à nos jours.

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bas de la Canebière (2016) vers le vieux port ©otcm

 

« On connaît dans chaque hémisphère
notre Cane-Cane-Canebière
et partout elle est populaire
notre Cane-Cane-Canebière… »

Saudade, par César Roman

Saudade, par César Roman


 Canebière

Immuablement, un jeudi par mois, ma mère me faisait enfiler mes habits du Dimanche. Nous grimpions dans l’autobus, aux quatre chemins des Aygalades. Le 30 traversait d’abord les terrils rouges de « l’aluminium » où travaillaient bon nombre de nos voisins des Castors. Ensuite il laissait sur sa droite les gigantesques volets roulants des entrepôts de Casino, pour enfiler la rue de Lyon, l’avenue Roger Salengro* et Camille Pelletan**. Terminus place Jules Guesde. L’hommage aux personnages socialistes se terminait par le plus ouvriériste, communard, révolutionnaire, internationaliste, comme pour fermer la porte d’Aix sur les quartiers Nord, et ouvrir sur les saints du Marseille immémorial. On commençait par du lourd en descendant à pied la rue Sainte Barbe,martyre abominablement torturée pour son refus d’abjurer sa foi, puis décapitée par son père !

La rue embaumait les parfums d’orient. Ma mère piémontaise y achetait les herbes pour son couscous.

Au pied de la rue il fallait traverser, ultime épreuve, le vent glacial du « Nord » (surnom donné à Colbert par madame de Sévigné) pour accéder enfin au bas de la Canebière. Marseille, en cette fin des années cinquante puis au tout début des sixties, n’avait pas encore connu la récession consécutive à la décolonisation, et les industries du plus grand port méditerranéen, huileries, savonneries, briquèteries, tuileries, étaient encore florissantes. La canebière forte de ses trente mètres de large brassait une population bigarrée, jeunes et vieux, pauvres et riches, jaunes, noirs, maghrébins, juifs, blancs. Les femmes, les derniers frimas de mars oubliés, se prenaient à éclore sous le soleil comme des fleurs multicolores. Robes et jupes évasées rockability, dans le sillage d’Audrey Hepburn, à poids polka, à fleurs, à raies, à carreaux, unies, la plupart sans manches, avec une grosse ceinture portée haut, semaient des tulipes en mal d’ouverture. Corsages assortis ou tranchés. Ma mère avait une prédilection pour les tissus marins, dont on croisait souvent les pompons rouges. Certains, rendus courageux par la troupe,  la sifflaient. Sans s’offusquer, elle poursuivait son chemin, et j’étais fier que sa beauté fût ainsi distinguée. Nous rentrions chez Baze, à cheval sur la canebière et le cours Saint Louis où elle s’autorisait quelques emplettes prévues dans son budget millimétré. Puis c’était la traditionnelle « montée » vers la librairie Gibert, au boulevard Dugommier*** à deux pas de la grande artère. J’y choisissais, pour couronner mes brillants résultats scolaires, un livre dont la couleur suivait mon évolution sous la toise ; collection rose puis verte, et enfin rouge et or. Au passage je m’interrogeais sur l’architecture du « building canebière » tout de béton et de verre, et l’étrange dialogue entretenu avec, en face, le grand hôtel et le Noailles. Les palaces de la ville touche à touche, livraient parfois des vedettes qui s’engouffraient dans d’immenses limousines pour aller répéter ou se produire à l’Alcazar, à deux pas de là sur le cours Belsunce. L’alcazar vivait ses dernières années de music-hall mythique, et ce n’est pas la programmation des Chevalier, Line Renaud, Dalida, Trenet, Johnny, Aznavour, Brassens et autre Francis Blanche qui le sauveraient d’un destin de magasin de meubles.

Retour sur la canebière ; nous laissions dans notre dos l’église des réformés, ce gros pastiche néo-gothique, qui paradoxalement n’a jamais abrité le moindre culte protestant, et redescendions vers le cours Belsunce. Sauf en période de Noël où la foire aux santons des allées Meilhan jouait de son pouvoir d’attraction.

La Canebière c’était l’avenue de tous les  Marseillais et cette ambiance bon enfant je ne l’ai plus jamais ressentie sauf une fois, le jour de l’ouverture de Marseille 2013, quand la foule paisible dama  le pion, vaincues par le nombre, aux petites frappes qui prennent, d’habitude, possession du pavé le soir tombé.

Le fabuleux débouché sur le Lacydon entérinait les paroles de la fameuse chanson et invitait au tour de la terre. Souvent ma mère était chargée de ramener des calissons ou du café par une vieille tante et nous entrions dans le Noailles où les parfums de torréfaction me foudroyaient, comme pour faire durer le rêve des lointaines contrées. C’est sans doute là que j’ai contracté mon addiction pour le café, le vrai, le bon pas celui des capsules génériques sans odeur vendues au prix de l’or dans des joailleries suisses très snob, où vous risquez, en prime, de recevoir un piano à queue sur le carafon en franchissant le seuil.

Le cours Belsunce et la rue d’Aix nous ramenaient vers le bus du retour. Nous grimpions par l’arrière où nous étions encore reçus par un préposé aux tickets enfermé dans une minuscule loge en verre. J’adorais lire et j’étais impatient de découvrir ma récompense, mais j’aurais pu m’en passer. Ce qui me motivait c’était la fierté de ma mère. Dès la quatrième, je fus attiré par d’autres nitescences, et mes notes connurent une courbe descendante exactement symétrique à l’éveil de ma libido. Le cul des filles m’exonéra d’assister à la déchéance implacable de la plus belle avenue du monde.

César Roman

* L’homme, sali par une campagne de presse de l’extrême droite dans le sillage de Mauras, se suicida en 1936. Il fut totalement blanchi des accusations de désertion en 1915; bien au contraire, prisonnier, il refusa obstinément de participer à l’effort de guerre allemand et connut les pires camps disciplinaires où il fut à deux doigts de laisser sa peau.
**  Camille Pelletan « se distingua » par son unique  portefeuilles ministériel ; la marine. Il renonça aux gros cuirassés, au grand dam de nombreux amiraux, pour privilégier les sous marins et les petits torpilleurs. Sur le fond, il était sans doute en avance sur l’histoire. En revanche les  torpilleurs incapables d’affronter la haute mer furent la risée de tout un peuple et le nectar des pays ennemis.
*** Sans doute, ma mère ignorait-elle tout de ce général d’empire, commandant de l’armée d’Italie, qui avait refoulé les troupes niço-piémontaises, sinon elle aurait poussé jusqu’à Maupetit  pour m’offrir mon livre.
Il était une fois

Il était une fois

La Canebière on la monte, on la descend, on la remonte, on la démonte, il n’y a pas une heure identique aux précédentes. Le papier gras qui était là a disparu, emporté par le vent, ramassé peut-être par un écologiste, plus surement navigant à la surface du vieux port ou collé aux arabesques du kiosque à musique près de l’église des Réformés qui aurait dû être réformée depuis longtemps tant ses échafaudages sont rouillés. Elle en a ressenti des coups de Mistral, la Canebe, ce vent violent et glacial venu des Alpes par le Rhône, balayant les trottoirs faisant amoncellements comme des congères qu’un tourbillon redistribue alentour. Lorsque la Tramontane venue des Pyrenées s’y met de concert, le passant s’arque boute la gorge sèche et transi de froid; il souhaite ardemment l’annonce d’un vent marin de Méditerranée et la pluie des entrées maritimes ou un petit coup de Sirocco chargé de sable du Sahara; il s’imagine diriger les vents du sud, blancs ou noirs, secs ou gros de pluies, poursuivre leur allure au loin, devenir vent d’Autan qui rend fou jusqu’à Toulouse. Pris dans les vents sur la Canebière on voyage déjà des Alpes en Méditerranée et de l’Afrique en Gascogne. Une voie connue du monde entier, presque sacrée pour les marseillais qui l’ont pourtant laissée dépérir.

C’est le « point d’arrivée venant de Méditerranée » pour Blaise Cendrars pour qui cependant la Canebière « ne mène pas à la mer mais s’en éloigne », le « foyer des migrateurs » pour Albert Londres, « une rue qui mène vers l’inconnu » pour Joseph Conrad, “centre de l’univers” pour André Suarès qui en voulait à sa ville de ne l’avoir pas reconnu comme l’un des écrivains majeurs du XXème siècle. A chacun sa Canebière où les plus grands ont commencé leurs tours de chants où d’autres non moins grands, petits trafiquants et simples passants se sont fait assassiner; où les vendeurs à la sauvette proposent des cigarettes de contrebande sous les caméras de surveillance de la police ; où l’on voyage dans les odeurs d’épices et les couleurs des fruits exotiques au marché de Noailles rue longue des Capucins ; où l’on trouve nombre de petites échoppes de kebab et en cherchant désespérément les anciens cafés qui avaient fait la renommée de la ville ; où l’on venait du monde entier ; où l’on sent une frontière invisible entre les quartiers sud et nord; où l’on ne vient plus que par nécessité depuis plus de 20 ans ; où l’on voit le dimanche les comoriens se promener dans leurs beaux habits remontant du vieux port jusqu’au cours Belsunce tandis que les joueurs de dominos des petits cafés derrière le cours Saint-Louis s’apprêtent à rejoindre leurs amis sirotant une anisette attablés dans les allées Meilhan en parlant du pays. Peu à peu des secteurs de la Canebière reprennent vie. Mais il n’y a pas encore d’unité comme à la belle époque lorsque les tramways roulaient au milieu avant d’être abandonnés dans les années 50 et rejetés sur les côtés un siècle plus tard.

La Canebière, c’est une longue histoire. Celle de la voie la plus connue dans le monde de la plus ancienne ville de France. Des grecs venus de Phocée arrivèrent dans l’anse protectrice du Lacydon il y a plus de 26 siècles et colonisèrent la contrée. Contrairement à la légende officielle, les phocéens ne créèrent pas Massilia, ils nommèrent ce lieu et ce nom resta puisqu’ils avaient l’alphabet et firent-leur cet établissement comme pour nombre de comptoirs de Méditerranée. Ces conquérants commerçants guerriers navigateurs célibataires qui avaient fui l’Anatolie des bords de la mer Egée après la guerre de Troie épousèrent de belles Ségobriges; ces Celto-Ligures résidantes des lieux, étaient cousines des premiers occupants dont les vestiges d’habitations datent de plus de 8.000 ans avec un port et de la poterie là précisément ou s’est installé le musée d’histoire de Marseille sur le bassin et ses quais antiques à deux pas de la Canebière.

Comme Cadet Roussel, la Cannebière avait trois maisons. C’était avant Louis XIV et l’arrivée du café qui fit la fortune du port et de la ville au XVIIème. Elles étaient coincées entre le cours Saint-Louis en bordure du Jaret qui coule maintenant sous la chaussée de la Cannebière et l’arsenal des galères reconstruit par Colbert qui occupait tout l’angle nord-est du vieux port en lieu et place des anciens comptoirs pour la fabrication des cordages de chanvre, en latin canabis d’où canebe en provençal. La suppression par Louis XIV d’une partie des galères devenues obsolètes avec le développement des vaisseaux offrit un espace d’expansion jusqu’aux quais à cette voie qui sera agrandie à trente mètres de large. Les cordeliers tresseurs de chanvre avaient depuis longtemps disparu ne laissant que le souvenir de leur nom. Le grand café Turc s’y installa et donna à ce lieu un lustre inégalé depuis. Ce café où l’on venait du bout du monde, situé à l’angle du quai des Belges, perdit son nom de café Turc contre celui de café Belge en 1914.Les turcs étaient alors les alliés de l’ennemi allemand. Il a fermé en 1919 au profit d’autres établissement sur la Canebière comme le Café Riche, le plus luxueux construit un peu plus haut à l’angle du Cours Saint-Louis où l’on retrouve maintenant un grand magasin.

La Cannebière perd un N en 1927 et l’appellation de rue pour se nommer la Canebière par décision du Conseil Municipal qui décida de la réunification des trois tronçons formant la voie actuelle avec l’ancienne rue de Noailles et les allées de Meilhan plantées d’arbres jusqu’aux doubles flèches de l’église Saint-Vincent-de-Paul dite des Réformés.

La Canebière était née. Pas encore sa légende.

al/
(a suivre)

Témoignage par Patrice Leterrier

Témoignage par Patrice Leterrier

Extrait du blog de Patrice Leterrier
avec l’aimable autorisation de l’auteur
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Comment parler de ce lieu mondialement connu qui, comme Notre Dame de la Garde, est presque l’éponyme de sa ville ?
César, au chapitre premier du de Bello civili, décrit Marseille baignée par la mer de trois cotés. Le quatrième côté est “le côté par lequel on arrive en venant de Gaule et d’Espagne le long de la mer qui s’étend dans la direction de l’embouchure du Rhône”(4).
Il se terminait à l’est, au fond de la calanque du Lacydon, à l’emplacement de l’actuel quai des Belges autrefois nommé plan Fourmiguier, par une zone marécageuse et insalubre.
Il s’y jetait un cours d’eau descendant du plateau Longchamp qui recevait le renfort de celles venant de la Plaine Saint Michel (place Jean Jaurès aujourd’hui), des sources Saint Bauzille, de Reynier, du Loisir, de la Poussaraque(2) pour déboucher à l’emplacement de l’actuelle place Gabriel Péri qui fût appelée autrefois le cul de bœuf.
Au moyen âge, les eaux croupissantes de ce marais refluaient dans les fossés creusés autour des remparts construit pour délimiter le territoire de la puissante abbaye de Saint Victor.(1)
Les cordiers y ont fait rouir du chanvre (Canebe en provençal) pendant des générations.
Par lettre patente du 16 juin 1666, Louis XIV ordonne l’agrandissement de la ville. Les anciens remparts du XIIIème siècle de neuf mètres de haut et de quatre mètres d’épaisseur furent détruits et les cordiers durent s’exiler dans ce qui deviendra le boulevard de la Corderie(2).
Le nouvel axe qui se terminait à l’époque au niveau du cours Belzunce fut d’abord nommé rue Saint-Louis.
La première mention du nom de Canebière apparaît dans les délibérations du conseil tenu par le Bureau des affaires de l’Agrandissement le 23 avril 1672(2).
Le 25 mars 1858, la décision fût prise d’élargir la rue de Noailles(2) pour donner avec son prolongement des allées de Meilhan à la Canebière sa configuration que nous lui connaissons aujourd’hui qui en fait cet axe si renommé qui va du Vieux Port jusqu’à l’église des Réformés sur une longueur d’un kilomètre.
La rue s’appellera Cannebière jusqu’en 1927.
Elle a perdu aujourd’hui beaucoup de la majesté que lui donnaient ses grands hôtels, ses commerces de luxe, les Nouvelles Galeries qui brulèrent le 28 Octobre 1938(2), ses salles de spectacles et surtout ses merveilleux café aux noms évocateurs de Grand café Turc , café de la Bourse, grand café du commerce, Café Riche(2,3) qui rivalisaient de luxe avec des décorations immenses et luxuriantes et qui en faisaient le cœur de l’activité de la cité phocéenne.
C’était une distraction attendue avec impatience que de descendre la Canebière en passant devant la Librairie Tacussel avec la façade en forme de livre, longeant plus loin les librairies Maupetit (toujours présente) et Laffitte (qui se trouve maintenant cours Estienne d’Orves).
J’admirais les immenses affiches des cinémas le Pathé, le Français, l’Odéon, le Meilhan qui nous faisaient rêver d’aventures exotiques.
Il n’était pas rare qu’un photographe propose d’immortaliser ce moment magique alors que je tenais sagement la main de ma mère et de ma grande sœur.
J’espérais ensuite faire flancher mes accompagnatrices pour déguster ces délicieuses minuscules viennoiseries (“Treize à la douzaine c’est tout chaud !”) que l’on achetait à l’enseigne à la Lune qui succéda en 1934 à la boutique de brioches La Comète ouverte en 1913(2).
On passait avec un regard furtif devant le magasin de mode féminine Muriel au coin du cours Saint Louis dont la rumeur disait qu’il y disparaissait des jeunes filles dont on imaginait le terrible destin dans un cloaque d’extrême orient.
Plus bas j’osais à peine regarder les affiches du cinéma Raimu dont les films étaient rigoureusement interdits au moins de seize ans.
Le périple se terminait parfois chez Linder prés de la place de la Bourse où l’on dégustait des petits fours arrosés de thé.
D’autre fois, nous poussions jusqu’au bas du Vieux Port pour un rafraichissement au Mont Ventoux célèbre aussi pour les coquillages Molinari devenu en 1973 le Cintra, lieu réputé favori des marseillaises esseulées en quête de bonne aventure. Aujourd’hui c’est la Brasserie de l’OM(2).
Toutes ces enseignes ont disparu.
Les façades des rares immeubles subsistant du temps de sa grandeur ont perdu de leur superbe.
Le Grand Hôtel de Noailles n’est plus que l’ombre de lui-même. Les cariatides représentant les quatre continents de l’Hôtel du Louvre et de la paix ne sont plus gardées par des matelots en tenue comme au temps où il abritait la Marine Nationale. Les Atlantes de l’hôtel Grau sombrent dans l’indifférence des passants.
La faculté des sciences inaugurée en 1857 et détruite lors des terribles bombardements du 27 mai 1944 (2) a laissé la place à un immeuble en verre sans caractère.
Le Mobile n’attire plus les foules revendicatrices.
Il reste que partout dans le monde le nom de Canebière est inséparable de celui de Marseille.

Patrice Leterrier
28 janvier 2014

(1) Evocation du vieux Marseille André Bouyala d’Arnaud
(2) La Canebière dans le temps et dans l’espace Adrien Blès
(3) Marseille zig zag dans le passé Pierre Gallocher
(4) Histoire de Marseille Raoul Busquet

http://patrice.leterrier.over-blog.com/article-la-canebiere-122292116.html