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Catégorie : Témoignages

Coup de gueule d’un blogueur

Coup de gueule d’un blogueur

Les élus marseillais doivent faire leur révolution ou nous la ferons !

Quand j’ai lancé « Marseille à la loupe » en 2012, je n’avais pas de feuille de route ou d’agenda caché. J’étais juste très excité par les projets de rénovation urbaine qui s’accéléraient un peu partout dans le centre ville de Marseille à l’aube de l’année Capitale Européenne de la Culture et je désirais naïvement les relayer. Cette excitation un peu béate m’a d’ailleurs rendu suspect aux yeux des premiers abonnés de la page. Certains me soupçonnaient de vouloir mettre en avant les avancées positives de la ville pour appuyer la réélection de Jean-Claude Gaudin aux municipales de 2014. Avec le recul, cela peut sembler comique mais ce soupçon était sans doute légitime à la relecture de mes premiers posts  qui étaient effectivement très enthousiastes.

5 ans plus tard, le ton de la page a forcément changé. Je suis un néo-marseillais confirmé (6 ans et 4 mois) et j’ai eu le temps de vivre la ville dans ce qu’elle a de mieux et de pire à nous offrir. J’ai cru, j’ai espéré, j’ai été déçu, frustré, j’ai re-cru, re-espéré… A Marseille, il faut s’accrocher. Beaucoup essayent de construire quelque chose, une vie de famille, un projet professionnel, et abandonnent. Mais moi je m’arc-boute et je continue à y croire du haut de cette vie palpitante que j’ai démarrée ici, partagé entre un travail de veille citoyenne que j’accomplis à vos cotés et mon vrai travail, tout aussi passionnant, au services de causes environnementales et solidaires.

La suite du coup de gueule de Mathieu Grapeloup

Un de la Canebière, par Jacques Bonnadier

Un de la Canebière, par Jacques Bonnadier

15/02/17- –

Témoignage//

C’est au cinquième étage d’une des belles maisons a chapiteaux et mascarons construites ici en 1750, en l’occurrence celle occupée aujourd’hui par la Barclays Bank et sise au numéro 32, que j’ai connu mes premiers vrais émois de Marseillais, mes premières joies d’ « un de la Canebière».

Du minuscule encorbellement d’une de ces fenêtres arrondies qui éclairaient l’appartement de mes grands-parents paternels, j’ai découvert – et j’ai « badé» longtemps – le merveilleux spectacle de la rue. Il est vrai que ce n’était pas n’importe quelle rue!

A l’époque – je vous parle des années quarante – j’ignorais, bien entendu, qu’il y ait eu autrefois a la place de la Canebière un marais formé par la mer et les eaux pluviales descendant des collines et que les alluvions avaient peu à peu constitué un terrain nommé «Podium Formiguerii», dont on avait fait Plan Fourmiguier. Je ne savais pas que jusqu’à la fin du XIVème siècle la Canebière était restée à l’état de terrain vague et que la première maison y avait été bâtie en 1666. Bref, je n’imaginais pas qu’elle ait eu jamais un autre aspect que celui qu’elle avait alors; qu’elle ait pu un jour être fermée du côté du port par l’Arsenal des Galères (et ce jusqu’en 1786); de l’autre (à la hauteur du boulevard Dugommier), barrée par le rempart.

Je m’interrogeais cependant sur l’origine de son nom. On répondait généralement à ma question en me disant que «Canebière», cela voulait dire «champ de chanvre», mais nul ne savait si cette plante y avait été réellement cultivée ou si les lieux avaient servi simplement d’entrepôts aux fabricants de cordes. J’étais également intrigué par les deux «n» de la Cannebière des cartes postales anciennes. «C’était une erreur», me disait-on. Elle avait été commise en 1857 – Dieu sait pourquoi! On l’avait réparée en 1928 lorsque la Cannebière proprement dite – celle de mes grands-parents -, la rue Noailles qui la prolongeait du cours Saint-Louis au boulevard Dugommier et, au-delà, les allées de Meilhan avaient été réunies sous le même nom de Canebière; avec un seul «n», donc. Ce qui me fascinait, c’était de voir circuler les trams, de regarder passer les gens. Il y en avait de toutes sortes, des gens: «La Canebière est le foyer des migrateurs», avait écrit Albert Londres en 1927… J’admirais surtout les «noirs éblouissants» qui portaient la chéchia. Le 14 juillet, défilé: j’étais aux premières loges. Quelle fête! Quelle fête aussi quand on m’emmenait (rarement!) au Café Riche: «Garçon, un sirop-bébé»!… Ou au «Cinévog», le cinéma qui avait remplacé le «Café de France» quand on y jouait «quelque chose pour les enfants» !… Les temps ont changé, c’est certain. Disparus les cafés! Le cinéma! «Baze» est arrivé. Rasée la maison à colonne de l’angle Canebière-cours Belsunce: remplacée par le grand immeuble blanc dont Radio Monte-Carlo occupe la terrasse. Des commerces sont apparus, qui ne sont pas tous du meilleur «look». On vend des fringues, des chaussures en Veux-tu en voilà! «Colombe» s’envole; les braderies restent.

Je l’aime cependant, ma vieille Canebière. Quoi qu’on m’en dise. Et j’aime que toute la vie de Marseille y palpite et y grouille. Que voulez-vous, je suis un peu son enfant!

Jacques Bonnadier

Extrait de « Marseille, passé et présent sous le même angle ». Photos : Frédéric Pauvarel ; textes : Jacques Bonnadier ; préface d’Yves Montand. Editions Champion-Slatkine, Paris-Genève, 1988.
RETOUR VERS LE FUTUR par César Roman

RETOUR VERS LE FUTUR par César Roman

07/02/17- –

Témoignage//

Dimanche en début d’ après-midi, devant la cheminée qui crépite, entre chien (Vodka la vieille labrador sable) et chat ( le gris tigré qui ronronne et chie sur les Corbu*). J’ai du mal à lâcher «Bulles» de Peter Sloterdijk. Je me donne un coup de pied au cul pour prendre la bagnole, direction  la fac de droit pour «La folie Van Gogh». Le cours Lieutaud est embouteillé et je peste. Pourtant c’est pour la bonne cause; la fermeture à la circulation auto de la Canebière. Je plonge dans le parking Gambetta; plein! Heureusement que je ne suis pas au volant d’une grosse limousine de mes périodes «fastes». Je me gare dans un trou de souris et mon embonpoint m’oblige à de sacrées contorsions pour m’extirper de l’habitacle. Quand j’accède à l’amphi, c’est complet! Je ne suis pas né à Marseille pour rien et j’use de quelques astuces pour pénétrer. Je sors rassuré; un docteur House fait un diagnostic rétroactif. Van Gogh sujet à des crises d’épilepsie, n’était pas fou. Encore que les fous d’une époque peuvent être la norme d’une autre (cf. le TRUMPétaïre).
Je suis arrivé comme dans un tunnel, préoccupé par mon retard à la conférence. Je laisse des vidéastes en herbe à  la pénombre du hall. Sur le seuil, j’ouvre enfin les yeux et ne peux retenir une larme. La Canebière est pleine d’êtres humains en chair et en os arrachés à la petite lucarne ou la manette de jeux. Les marseillais de tous les âges et de toutes les couleurs existent encore. Devant la fac, quelques tables de café-philo. Je m’invite à un débat sur la liberté, vaste programme. J’ébranle l’animatrice jeune prof de philo; la liberté intérieure est-elle vraiment souhaitable? Elle isole, surcharge de responsabilité, peut être souffrance ou existentialisme individualiste. Les gens heureux sont-ils libres? Sans parler de la liberté constitutionnelle que chacun appelle légitimement de ses vœux, mais qui est aussi celle sacrée du 2ème  amendement américain concernant le port d’armes pour tous. Bref!

Incongru, le kiosque à musique joue de la musique.

Girafes rouges, événements artistiques, animations pour enfants tiennent le haut du pavé dans une ambiance bon enfant, mais surtout le check-point de la ligne Maginot entre le nord et le sud de la ville  a du plomb dans l’aile. Les deux villes voisines semblent à nouveau perméables. Je ne suis pas naïf; les dimanches de la Canebière ne vont pas régler les problèmes de la ville, la ségrégation, le sous-équipement sportif et culturel de proximité, l’insuffisance des transports en commun,… Mais, peut-être, la renaissance symbolique du Phoenix va-t-elle faire tâche d’huile.
LES DIMANCHES VONT-ILS DEVENIR QUOTIDIEN?

César Roman

*Auguste expat parisien est rentré dans les valises du fiston à l’issue de ses études. Un cadeau! Sa caisse propre au quotidien et les 6000 m2 de terrain ne l’agréent pas pour se soulager. Le félin réserve l’exclusivité de des ready-made aux fauteuils Corbusier LC2. Un acte militant hostile au formalisme glacé de ces icônes du design qui trônent dans les immenses bureaux sur le 5°avenue,  hymnes à la réussite des multinationales et au puritanisme. Mon AEO de Deganello, improbable pièce montée dédiée à la stabilité, au confort, la sensualité, la lascivité voluptueuse, son dossier enveloppant de cuir drapé, l’épais coussin pouf et le gros pied de fauteuil de dentiste en résine laquée, Auguste le respecte!