Citations d’auteurs

Citations d’auteurs


Quelques citations non exhaustives d’auteurs à propos de la Canebière


 
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joseph

 

 

      CREPUSCULES
      « Où est le “Café Turc”, tout en glaces, à filets d’or, une vraie turquerie à la Pompadour, porcelaine de Sèvres, sujets de Saxe, pour la Marche de Mozart; les lampes avaient l’air de clochettes. O, servait le moka dans les petites tasses rondes à bordure dorée. Là, Stendhal a bu le sang noir de la brûlante fève. Ce café s’ouvrait au bas de la Cannebière, tout près du quai, à main gauche en allant vers la mer. Il n’y est plus, et je crois m’y asseoir. De là, je contemple la féérie et les caprices du crépuscule. Il est un instant magique, où la lumière et les ombres se rencontrent, s’épousent, se séparent et e confondent. Je vois la Bourse s’endormir d’un seul coup. La marine glisse du couchant pourpre et rose, peu à peu, dans le lit de la nuit. Et soudain, la ville s’éveille en flammes à la plus violente et plus folle des vies nocturnes. Maisons à boire, maisons à fumer, maisons à jouer, tous les cafés flambent, au-dehors et au-dedans. Cette voie célèbre serait une brillante et large rue comme tant d’autres, n’était la merveille de porter la terre dans le port, et d’être une cale d’embarquement sur la mer: elle n’a rien de plus fameux que ses cafés. Qu’on les dise sans nombre, avec emphase, si l’on veut: ils ne font qu’un seul brasier électrique, où la lumière forge le bruit. Est-ce qu’on n’entend pas, du quai même, tous les cacatoès du trictrac, la cascade des dominos, les verres qui teintent au petit trot, les castagnettes des soucoupes sur le marbre, les rauques raclements de l’arabe, les larges voyelles volubiles des langues latine, les douces sifflantes du grec si riche en nuances, les gutturales et les hennissements germaniques, le gazouillis puéril de l’anglais, toutes les voix de la terre et, comme au fond d’un couloir, les aboiements sourds, empâtés et gluants du Chinois ? Ha, je me détourne. Sur les dalles lisses entre les anneaux ou les bateaux s’amarrent, je m’attarde, les yeux errant sur les lointains.
      Une sorte de douce fureur plane avec l’heure ; une clameur voilée tremble le long des hauteurs, vacille sur les ponts, va et vient sur les mâts obscurs et sur les toits. Et là aussi, une à une, comme des appels, les lampes s’allument.
      Que ne suis-je le tyran de Marseille, pensait-il. En rasant de fond en comble toutes ces laideurs de théâtre; en élevant, sur ces chastes ruines, des monuments dignes de rendre un peuple si vivant au culte plus pur de l’esprit, quelle ville on pourrait faire de cette ville. La matière y est, et dans la cuve du soleil, les métaux magiques sont déjà en fusion. Quels plans je vois pour elle, entre le stade, les rades, les ports aériens, les entrepôts et les temples: pour tous les dieux, des temples, et pour toutes les sciences. »

« Marsiho », André Suarès(ed.Grasset, 1933)

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I – MARSEILLE : L’ARRIVÉE
Le jeune marin sauta dans le canot, alla s’asseoir à la poupe, et donna l’ordre d’aborder à la Canebière. Deux matelots se penchèrent aussitôt sur leurs rames, et l’embarcation glissa aussi rapidement qu’il est possible de le faire, au milieu des mille barques qui obstruent l’espèce de rue qui conduit, entre deux rangées de navires, de l’entrée du port au quai d’Orléans.
L’armateur le suivit des yeux en souriant, jusqu’au bord, le vit sauter sur les dalles du quai, et se perdre aussitôt au milieu de la foule bariolée, qui, de cinq heures du matin à neuf heures du soir, encombre cette fameuse rue de la Canebière, dont les Phocéens modernes sont si fiers, qu’ils disent avec le plus grand sérieux du monde et avec cet accent qui donne tant de caractère à ce qu’ils disent : Si Paris avait la Canebière, Paris serait un petit Marseille.
Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas


« L’une des obsessions du maire a toujours été de ramener des ‘’habitants qui paient des impôts’’ au cœur de la ville ‘’envahi par la population étrangère’’. Dans les autres grandes métropoles françaises le centre est accaparé par les couches les plus aisées, les bureaux, les sièges d’entreprises. A Marseille, la Canebière, l’artère reine qui rivalisait autrefois avec les Champs-Elysées, est aussi colorée que le boulevard Barbès. »

Marie-France Etchegoin, Marseille, le roman vrai (ed. Stock 2016)