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Étiquette : Joliette

Rue de la République: pause pendant les travaux.

Rue de la République: pause pendant les travaux.

La rue de la République est l’un des lieux les plus emblématiques de Marseille. Connue pour son style architectural Haussmannien, ses travaux sans fin ou encore ses innombrables commerces aux façades identiques en pied immeubles, c’est surtout ce qui relie le Vieux-Port, au nouveau poumon économique: le quartier de la Joliette proche des embarcadères et des quais du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM). Longue de 1100 mètres, elle se situe dans les 1er et 2ème  arrondissements de Marseille mais peine à trouver son identité et à recréer une zone de chalandise. Elle est devenue lieu de transit en tramway entre les deux centre commerciaux que sont le Centre Bourse sur la Canebière et les Terrasses du Port à La Joliette. Lien idéal entre la rue Saint Ferréol piétonne et commerçante reliant la Canebière en redéfinition à la Préfecture et la rue Paradis en réhabilitation pour se rendre dans le nouveau quartier de La Joliette, la rue de la République n’a pas trouvé son public ni attiré les grandes enseignes qui pourraient la rendre attractive. Côté Canebière, axe central de Marseille qui tarde à reprendre son activité festive d’antan, les commerces ont des difficultés de trésorerie à proximité du Centre Bourse rénové. Au Village des docks récemment ouvert face aux Terrasses du Port les boutiques changent souvent d’activité. Dans la rue de la République dont nombre d’espaces dédiés au commerce en pied d’immeubles sont déserts des grandes marques récemment venues s’y installer ont fermé. Près de 4 espaces commerciaux sur 5 sont vides ou toujours en travaux avec des panneaux annonçant une ouverture prochaine… depuis plusieurs années.

La rue de la République, un chantier vieux de 150 ans.

C’est au XIXème siècle que la rue de la République, sous le nom de rue Impériale voit le jour sous Napoléon III. Inaugurée en 1864, elle relie directement le Vieux-Port au quartier de la Joliette et aux nouveaux ports de commerce. Un raccourci perçu comme une nécessité à l’époque où les charrettes étaient encore un moyen de locomotion. Percée en 20 mois à partir de 1855, construite en moins de 10 ans, elle est depuis plus de 15 ans en réhabilitation.

Cette artère est l’un des plus gros chantiers réalisés à cette période. Projet qualifié d’exceptionnel, il s’agissait surtout de percer une voie rectiligne d’un kilomètre et de détruire 85.000 m2 de bâtiments. Les vielles habitations et immeubles ont été remplacés par des neufs presque identiques bien alignés et de style haussmannien. Le but de la municipalité d’alors: que la bourgeoisie marseillaise vienne s’installer en centre-ville. Aujourd’hui, la rue de la République est devenue une rue commerçante en attente de commerces et de chalands. Elle relie toujours le Vieux-Port, emblème touristique de la ville, au quartier des affaires de la Joliette, nouveau phare de la Ville. Mais près de 150 ans après sa construction, cet axe majeur de Marseille est devenu la proie de nouvelles rénovations. Ses trottoirs se sont élargis, un tramway y a vu le jour, tout comme un parking et une résidence étudiante. D’autres réalisations sont en cours. Le but reste une fois de plus le même qu’en 1864: séduire la classe supérieure et les commerces haut de gamme pour une « gentrification » du centre-ville. Une « gentrification » déclarée toujours « impossible » par le quotidien l’Humanité en 2016 dans un reportage vivant et documenté très critique de la politique de la municipalité et de ses contradictions.

Mais si la rue de la République avait pour mission d’être la vitrine du nouveau Marseille, elle n’atteint pas ses objectifs comme le faisait déjà remarquer le site du quotidien gratuit 20 minutes en 2015.

Coincé entre la rue Saint-Ferréol, le centre Bourse et les Terrasses du Port, ce lieu emblématique réussira-t-il à survivre ? Après plus de 10 ans de travaux de rénovation les commerçants de la rue désespèrent. Les marseillais déclarent ne pas comprendre le plan de rénovation du centre-ville.

Présentation des travaux de la rue Impériale par l’ATEMI concurrente l’ANF de pour la commercialisation de la rue de la République

La municipalité avait inauguré en fanfare l’ouverture d’un café Starbucks, dans la première partie de la rue de la République entre le Vieux-Port et la place Sadi Carnot. Il devait permettre la mixité sociale et inciter les bourgeois des quartiers sud à venir faire leurs courses dans cette partie de la ville. Pari perdu. A proximité de ce premier Starbucks café à Marseille, les boutiques Mango, Esprit, Celio, Verbaudat, Sinequanone et Promod notamment ont fermé. Des enseignes qui ont des boutiques ailleurs dans Marseille mais fuient la rue de la République aux loyers trop élevés, selon des commerçants ne souhaitant pas être cités.

Dans la seconde partie de cette voie de Sadi Carnot à la Joliette, peu d’espaces trouvent preneurs. L’ANF, l’une des sociétés propriétaires d’une partie de la rue prévoirait de revoir à la baisse la valeur de son patrimoine pour tenir compte de la chute des loyers selon le site marseillais Marsactu. Une information démentie du bout des lèvres par la Maison des Commerçants de la rue de la République qui est une émanation de la municipalité et de la société propriétaire des immeubles pour lesquels tout va bien.

Pour occuper certains lieux en déshérence, l’ANF a ouvert un premier espace de 150m² à un collectif d’artiste au 52 rue de la République. Ce collectif marseille 3013 né après l’année Européenne de la Culture 2013 à Marseille vient de récupérer un nouveau lieu de 300m² au 58 rue de la république ainsi qu’au numéro 23 pour donner de l’animation à cette artère désertée. En juin 2016, ce collectif avait déjà animé cette rue en postant une vingtaine de grandes bâches peintes sur les palissades de boutiques vides sur lesquelles les artistes avaient imaginé Marseille dans 1.000 ans (3013) dont il reste quelques réalisations.

Une première.

starbucks dégustation ouverture
soirée de dégustation pour l’ouverture le 11 mai 2010 ©citizenside

C’est bien au bas de cette rue, que la plus grande chaîne mondiale de salon de cafés s’est installée. L’entreprise américaine Starbucks coffee existe depuis 1971 mais ne s’implante à Marseille qu’en 2010. Et c’est la rue de la République qui accueille son premier café et propose même une terrasse pour déguster ses produits au soleil en été.

Un véritable carton puisque les clients se fidélisent très rapidement, « J’avais hâte qu’un Starbucks ouvre enfin chez nous. Je travaille dans la rue et je viens tous les jours prendre mon café, c’est devenu une habitude», raconte Judith, secrétaire médicale.

L’emplacement est surtout stratégique, tout près du Vieux-Port et du Centre Bourse, là où Marseillais et touristes se retrouvent. « C’est un bon endroit, à la vue de tous, à côté de l’endroit le plus connu et le plus visité de Marseille », explique Kévin, étudiant.

Si la boutique connaît un immense succès c’est grâce à l’étiquette « valeur sûre » que les gens lui donnent. Il y a les habitants qui n’ont pas cessé d’entendre parler de ces cafés, frappucino et autres boissons mondialement connues, et puis il y a les touristes qui se sentent rassurés lorsqu’ils connaissent déjà un produit « Je suis allée dans quelques cafés ici mais c’est vrai que je préfère m’arrêter au Starbucks parce que j’ai l’habitude de m’y rendre chez moi », admet Emily, une touriste canadienne.

Le salon attire également des personnes venues des villes voisines, comme Célia, étudiante à Aix-en-Provence, qui a son ouverture faisait des allers-retours seulement pour boire un chocolat viennois made in Starbucks.

Cependant, depuis l’ouverture récente d’un Starbucks au nouveau centre commercial Les Terrasses du Port et un autre à côté de la Préfecture au bout de la rue Saint Ferréol une certaine concurrence se fait ressentir, « On a perdu près de la moitié de nos clients » déclare une employée de l’enseigne basée rue de la République.

6 pour le prix d’1

Ce n’est pas une réduction mais le nombre de pharmacies que compte au total la rue de la République. Quatre le long de la rue et deux sur le rond-point Sadi Carnot dont les pharmaciens protestent contre le montant élevé des loyers. Il est vrai que la France est le pays européen qui comporte le plus de pharmacie mais ce secteur est pourtant en déclin car selon une étude de l’ordre des pharmaciens publié par Le Parisien une pharmacie fermerait tous les trois jours en France (pour arriver à -10% de pharmacies) afin de réduire les dépenses de santé du pays.

Mais apparemment Marseille et plus précisément la rue de la République ne sont pas touchées par ce phénomène. Une aubaine pour les habitants du quartier « On ne peut pas se retrouver en galère, si une pharmacie est fermée celle d’à côté est ouverte, si une pharmacie n’a pas ce que l’on veut, celle d’à côté l’a. C’est pratique », explique Malika qui habite Colbert.

Des pharmacies en veux-tu en voilà mais certains résidents ont quand même leur préférée, « Elles ne proposent pas toutes les mêmes tarifs, celle juste en face de chez moi est la plus chère alors ça ne me dérange pas de marcher deux minutes de plus pour économiser 2,3 euros sur un produit », lâche Mathilde, sourire aux lèvres.

Quelle cohérence pour l’hypercentre ?

Les travaux en cours rue de la République et les efforts en vue d’une redynamisation de la Canebière avec la volonté affichée de la mairie aidée par le Conseil Départemental de racheter les pieds d’immeubles pour recréer de l’activité commerciale dans ces deux axes forts de la Ville ne permettent pas encore aux marseillais d’avoir une vue d’ensemble sur l’évolution de leur ville.

Les opposants à la municipalité (LR) en place depuis plus de 20 ans s’en donnent à cœur joie tant la critique est aisée sur un forum ouvert. « Ce n’est pas en retapant une artère qu’on redynamise le cœur d’une ville. La rue de la Rép est magnifique mais autour, il y a quoi ? » écrit un internaute sous le pseudonyme de Osin13. « Il est de toute façon unique en France de compter deux centres commerciaux de part et d’autre d’une rue commerçante » rétorque un autre sous le pseudonyme de « Pastis ». « Je pense que la rue était déjà mal barrée bien avant l’ouverture des Terrasses. Comme le dit si bien pastis et beaucoup d’autres ici, il manque un plan global de mise en valeur de l’hyper-centre. En ce moment ça bricole mais il n’y a aucun cohérence, aucune ligne directrice”, conclut Osin13 sur ce forum Internet.

 

Lina Nargisse (IEJ) / avec al