Archives de
Étiquette : nouvelle ère

La Canebière entre dans une nouvelle ère

La Canebière entre dans une nouvelle ère

13/06/2017

Artère emblématique de Marseille, la Canebière, représente le « symbole » de Marseille. Ce quartier mythique, parmi les plus fréquentés, abrite certains des plus beaux édifices de la ville. Autrefois parsemée de cinémas et restaurants, la Canebière s’est aujourd’hui transformée en une vaste avenue obstruée en certains points noirs par les voitures. Une transformation qui lui a fait perdre l’aura de belle promenade qui était la sienne au début du 20ème siècle. Pour qu’elle retrouve son lustre d’antan, la mairie de secteur a décidé de réagir en lançant un vaste projet de rénovation.

Première étape : limitation des véhicules sur cette voie laissant le passage aux autobus et en sens unique dans sa partie haute des allées Meilhan qui reprennent peu à peu vie avec des cafés ou l’on joue aux dominos. Deuxième étape : redonner à ce quartier un aspect convivial et chaleureux en organisant des activités tous les derniers dimanches du mois en 2017. Une idée novatrice qui revitalise l’avenue depuis janvier dernier. La troisième étape devrait être la régulation du flot de véhicules venant de la A50 au sud-est vers les A55 et A7 au nord- ouest en coupant la Canebière pour éviter le tunnel à péage qui passe sous la ville.

Pour le gérant très amère du kiosque à journaux en haut de la Canebière fermé le dimanche, “rien n’a changé, il n’y a personne”…

Les gérants du kiosque du bas de la Canebière qui ouvre le dimanche trouvent quant à eux que “les dimanches de la Canebière c’est bien, mais le reste du temps, rien… Ils qualifient la Canebière d’artère désertique sans vie en semaine. Ils regrettent qu’il n’y ait que des sociétés des banques des boutiques de téléphonie, mais pas de commerce qui donnerait de la vie. En 14 ans de présence ici, on voit la Canebière dépérir. Ils ne font rien pour animer cette Canebière en semaine: ni banc ni commerce ni toilettes ni café”…

Mais quid des rues perpendiculaires et adjacentes qui déversent encore leur lot de piétons ? Vont-elles aussi faire peau neuve ? C’est déjà le cas de la rue Paradis plongée dans les travaux depuis février dernier en vue d’un réaménagement prévu pour 2018 entre la place Estrangin (Préfecture) et la place du Général de Gaulle (Canebière).

« J’ai peur que cela ne mette en danger les commerces »

Cette rue qui n’a de Paradis que le nom pendant les travaux fait partie des plus luxueuses de la ville. Elle va donc faire peau neuve. L’objectif est de mettre en place une seule voie de circulation, qui descendra jusqu’à la Canebière parallèlement à la rue Beauvau déjà piétinisée qui débouchait sur le grand Hotel Beauvau aux fenêtres donnant sur le Vieux-Port et l’ancien Grand Café Turc disparu après la première guerre mondiale. Un projet  ambitieux  qui  illustre la   volonté  des   politiques  de   progressivement  piétonniser  le centre-ville. Redonner de l’espace aux piétons et limiter l’afflux de voitures, c’est l’objectif affiché à long terme par le plan d’urbanisme de la municipalité. « Oui la rue sera plus jolie, plus attrayante, mais j’ai peur que cela ne mette en danger les commerces », s’inquiète Sophie, 43 ans, habitante du quartier.

De plus, la rue Paradis est loin d’être le seul endroit proche de la Canebière concerné par des travaux de grande ampleur. Le chantier du prochain hôtel de luxe de Noailles, dit l’îlot des Feuillants entre la rue des Feuillants et la rue longue des Capucins, est toujours en cours et tarde à s’achever. Prévue pour cette année, la grande bâtisse devrait finalement n’être totalement transformée qu’en 2019 ! Une éternité pour certains riverains, comme Charles, 71 ans, qui commence à s’impatienter, «». Malgré les retards, les projets ne manquent pas à proximité de la Canebière, qui semble retrouver des couleurs ces derniers mois.

La  rue  Saint-Ferréol  a  déjà  fait  sa  réhabilitation  de  voierie  en  zone  piétonne de la Canebière à la Préfecture. Mais les chaises musicales se poursuivent entre les grandes enseignes et magasins dont certaine se déplacent du même côté de la rue vers des lieux plus grands comme H&M à la place du Virgin Megastore triplant ainsi sa surface de vente ou Les Galeries Lafayettes qui devraient laisser la place à des bureaux et habitations après s’être délocalisées vers le stade Vélodrome au sud de la ville.

davPhilippe serveur chez Noailles: “Il y a eu un grand changement depuis le début de l’année: la propreté. Nous recevons un peu plus de monde les dimanches et tout va bien tant qu’il y a de l’animation. (…) Mais nous attendons l’autorisation d’investir le trottoir pour mettre une terrasse…”

 

Le Cours Saint-Louis -point zéro de la distance Marseille-Paris jusqu’à l’ancienne grande poste du Louvres- a été refait avec sa station de tramway là où il y avait des fleuristes jusque dans les années 50. Ses petits cafés reprennent vie à côté de chez Toinou où l’on vient de très loin déguster des fruits de mer. Elle prolonge la rue de Rome qui vient d’être rénovée mais n’a pas encore retrouvé ses chalands d’antan pour animer ses magasins dont certains se remettent difficilement de deux ans de travaux du tramway menant à la place Castellane.

Le boulevard Garibaldi, véritable axe routier du quartier

Enfin, plus haut, avant d’arriver à la rue Thiers qui mène à la place Jean Jaurès dite la Plaine ainsi que les rues Curiol et Sénac et leurs anciens hôtels de passe pour matelots à la dérive, il faut traverser le boulevard Garibaldi. A l’angle de la Canebière qui abrite l’ancien hôtel de Noailles devenu hôtel de  police  et du  café Splendide  qui  eut son  heure  de  gloire. Ce boulevard est une véritable bretelle d’autoroute menant au tunnel vers l’A7 passant sous la gare Saint Charles.

immeuble du Splendide angle Canebière Boulevard Garibaldi ©zalPour Kefi l’un des serveurs du Splendid, “les dimanches de la Canebière n’apportent rien de spécial. Il n’y a que du négatif dans cette Canebière. (…) Il manque beaucoup de choses comme des commerces, deux ou trois alimentations, deux ou trois boutiques de vêtements. C’est un boulevard abandonné. Je ne vois pas d’amélioration à venir tant que ce n’est pas piéton. Çà bouge partout, mais pas ici…”

 

Le projet de rénovation de cet axe routier prolongeant le cours Lieutaud en plein cœur de ville est dans les cartons de l’AGAM (Agence d’Urbanisme de l’Agglomération Marseillaise), mais ce n’est pas pour tout de suite… La régulation du trafic grâce à la mise en service progressive de la L2 attendue depuis plus de 30 ans pour contourner la ville devrait apporter un début de solution et peut-être permettre à la Canebière de respirer à nouveau, espère les riverains de cette voie asphyxiée par les gaz d’échappements.

Végétaliser le bas des immeubles pour lutter contre la saleté

©zal

À proximité, non loin du théâtre du lycée Thiers, se trouve le « quartier 1er »  autoproclamé quartier des arts de Marseille en la Faculté de Droit de l’Université de Marseille et le Lycée Thiers. Ce nouvel espace de création artistique dans le premier arrondissement à l’initiative du directeur des théâtres du Gymnase et des Bernardines a vu le jour lors du premier dimanche de la Canebière le 29 janvier. Atypique et unique en son genre, cet espace de création libre fait la part belle comme son nom l’indique à l’art et aux jeunes artistes marseillais. Ainsi, de nombreux portraits de personnalités connues -anciens élèves du Lycée Thiers comme Marcel Pagnol ou Albert Cohen- ou inconnues ornent le lieu et ses environs.

En haut de la Canebière, la librairie Maupetit Acte Sud qui fait l’angle de deux rues hautes en couleur dites « chaudes » jusqu’au début des années 2000, donne à ce quartier un petit air littéraire et studieux. Dans la rue Sénac de Meilhan s’est ouvert un Ryad de luxe baptisé sans rire « boutique hôtel de charme ». En face la mairie de secteur a transformé les anciens ateliers du tramway en centre d’animation.

davRobert Giordana, propriétaire de la grande pâtisserie presque centenaire “Plauchut” en haut de la Canebière: “les dimanches de la Canebière drainent du monde. D’autres qui en ont entendu parler viennent les autres dimanches. La mentalité a changé. C’est positif à 500%. Pourquoi ne le faire que maintenant? Ils le font dix ans trop tard… Si les commerces ouvraient, tout changerait!…”

 

 

 

 

 

 

 

Les habitants lassés de la saleté des rues ont végétalisé leurs pieds d’immeubles faisant pousser des plantes dans des bacs voire dans des poubelles sur les trottoirs pour obliger les passants à les laisser propres. Même réaction rue Curial et rue Thiers qui montent du haut de la Canebière jusqu’à la place Jean Jaurès dite La Plaine pour laquelle la municipalité a aussi de grands projets. Un périmètre qui reprend peu à peu vie avec ses théâtres et ses galeries d’art que les marseillais ont redécouverts en toute sécurité à l’occasion des dimanches de la Canebière.

Benjamin Ferrari (IEJ)