Canebière : l’Artplexe, enfin

Canebière : l’Artplexe, enfin

IMG_20211021_132314L’ouverture jeudi 21 octobre du complexe cinématographique Artplexe marque le renouveau du centre-ville de Marseille, du bas jusqu’en haut de la Canebière. Un cinéma attendu depuis plus de dix ans.

Le projet d’un MK2 avec 14 salles proposé en 2010 en lieu et place de sa mairie de secteur par député socialiste Patrick Mennucci avait été retoqué par la mairie centrale à majorité UMP. La nouvelle maire UMP de secteur Sabine Bernasconi avait en 2015 relancé l’idée avec la société Artplexe. Après deux ans de retard ce complexe cinématographique de 7 salles ouvre ses portes. Moins de salles mais d‘autres propositions culturelles.

Différent du projet porté par le socialiste, celui de la mairie UMP avait pour ambition de rendre de l’attractivité au quartier des Réformés avec restaurants, bars, salles d’expo et roof top avec vue. « Redynamiser, réhabiliter, requalifier », son mantra lorsqu’elle était maire de ce secteur a été repris par tous, de droite comme de gauche. “La revitalisation du centre-ville doit inévitablement passer par la Canebière qui, avec cette réalisation, sera le symbole d’un renouveau, répète celle qui est aussi Vice-présidente réélue au Conseil départemental. C’est pourquoi le Département a soutenu le projet et c’est pourquoi je l’ai accompagné avec conviction lorsque j’étais maire de secteur“.

Une réalisation saluée par l’adjoint communiste au maire socialiste de la ville qui s’est félicité de la bonne entente entre l’ancienne et la nouvelle municipalité concernant ce projet. « Bravo » a dit le représentant de la mairie centrale souhaitant « plein succès » à cette nouvelle proposition culturelle. Il a souligné que la municipalité de gauche n’avait pas de raison de s’opposer à l’aide (1 million sur 13,5, ndlr)  qui a été apportée par le département à majorité de droite à un tel projet privé puisque « d’intérêt général ». Adjoint au maire délégué à la culture Jean-Marc Coppola a déclaré attendre beaucoup en retour : “Artplexe va dynamiser la Canebière et de la même manière que je souhaite qu’il y ait des passerelles entre les arts, je souhaite qu’il y en ait entre les lieux culturels qui se trouvent sur l’artère”. Notamment l’Odéon en face sur la Canebière, le théâtre du Gymnase, l’Opéra, les Variétés La Friche Belle de Mai et le cinéma Le Gyptis et La Baleine du cours Julien ainsi que le nouveau cinéma Pathé à la Joliette.

Sur les 12 cinémas de la Canebière dans les années 50, seul est resté le cinéma d’art et d’essais Les Variétés dont l’Arplexe devrait être complémentaire, a indiqué Philippe Dejust, fondateur de Cap Cinéma et président d’Artplexe lors de la conférence de presse d’inauguration. Il a rappelé que ce nouveau complexe offre 996 sièges dans 7 salles mais aussi une brasserie au rez de chaussée donnant sur le kiosque à musique, « le Blum » encore en travaux ; un restaurant  en hauteur face à l’église, « Les réformés » dont l’ouverture est prévue fin novembre avec roof top sur la ville ; des salles pour la musique des conférences et la danse ; un espace événementiel et les murs du hall monumental et des escaliers pour des expositions. Philippe Dejust qui en est à son 23e complexe culturel précise qu’il a tout vendu « à l’exception du projet marseillais car il se présentait comme l’aboutissement de toute une vie consacrée au cinéma. J’ai décidé de le faire, comme j’en avais envie, sans contrainte financière, avec un but simple : concevoir le produit cinématographique qui à mon avis est le modèle des prochaines années”.

Imaginé par l’architecte Jean-Michel Wilmotte le bâtiment « s‘intègre dans la ville et le paysage » ont souligné les architectes qui ont veillé la réalisation du projet. En réponse à l’église des Réformés et sa pierre immaculée, “on a voulu opérer un travail spécifique avec la pierre, la lumière et les couleurs de Marseille, détaille Ralph Levedag, directeur de projets chez Wilmotte et associés. Renaud Tarazzi en charge de la maîtrise d’ouvrage a tenu à préciser que la façade qui semble austère fermant des chambres noires des salles de projection était ouverte sur l’extérieur. « Un clin d’œil cinématographique, a-t-il ajouté, car elle va changer d’apparence au cours de la journée avec le mouvement du soleil, de la lumière, de l’ombre ».

Rien n’aurait été possible sans Jean-Jacques Léonard et Gérard Vaugeois qui avaient rêvé d’équiper Marseille d’un Artplexe. D’abord à la Friche Belle de Mai il y a 15 ans puis sautant sur l’occasion de l’abandon du projet MK2 pour s’associer à Philippe Dejust. 

Enfin, l’artiste photographe Sébastien Le Turc a accroché une quinzaine d’œuvres dans le hall et les escaliers menant aux étages, outre celle de l’égérie du cinéma la danseuse et chanteuse de cabaret Mara dont la photo a également été reproduite sur les marches du grand escalier de la gare Saint-Charles. Il a remercié les architectes d’avoir -une fois n’est pas coutume- prévu des espaces d’exposition pendant la conception du bâtiment.

Ce complexe cinématographique complète la réhabilitation de la Canebière souhaitée par tous. Commencée en 2013 avec l’ombrière de Norman Foster et l’aménagement du quai nord du Vieux-Port elle a été poursuivie dès 2016 par la piétonnisation partielle de l’hypercentre et totale du bas de la Canebière du Vieux-Port au Cours Saint-Louis et Belsunce. L’ancienne municipalité épaulée financièrement par le département des Bouches-du-Rhône avait poursuivi cette opération par la préemption de pieds d’immeubles vacants ou en désuétude et le ravalement. C’était avant le drame de la rue d’Aubagne qui a fait 8 morts sous les décombres de leurs immeubles le novembre 2018 indiquant qu’il y avait plus urgent qu’un lifting de façades dans ce vieux quartier historique et populaire de Noailles mitoyen de la Canebière. Un gros chantier pour la nouvelle municipalité face aux quelque 400 habitants délogés pour lesquels les termes de réhabilitation, redynamisation et requalification ont des mots dont ils attendent un sens plus concret que les politiques qui les emploient.

al/

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